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taurer la dynastie déchue. En 1789, les Irlandais saluèrent avec .joie laRévolution française . Ils fondèrent l'association secrète des Irlandais-Unis ,et, en 1796, les’chefs du parti de la Jeune-Irlande, Wolfe Tone ; Connor,Fitz Gerald, vinrent en France pour solliciter l’appui du Directoire . Maisl’escadre de l'amiral Bouvet, qui transportait les régiments de Hoche en Ir lande (déc. 1796), fut dispersée par la tempête; et les deux tentatives deHumbert et de Hardy, qui débarquèrent à Killala en 1798, échouèrentdevant les forces supérieures de Comwallis et de Warren. Elles n’aboutirentqu’a faire supprimer le Parlement irlandais , dernier semblant d’autonomiequi restât à l’Irlande , et à faire voter en 1800 l’Acte d’Union par les dépu-tés, dont le ministère acheta les voix. Les patriotes irlandais n’en conti-nuèrent pas moins à revendiquer sans relâche l’autonomie législative, laliberté religieuse et la réforme agraire. Ce sont là les trois grandes ques-tions qui ont tour à tour ou simultanément, dans ce siècle, agité l’Irlande 1 .Henry Grattan et Daniel O’ Connel arrachèrent en 1829, par leurs élo-quentes et énergiques protestations, l’émancipation des catholiques; et,en 1868, M. Gladstone obtint la sécularisation complète des revenus del'Eglise anglicane . Mais les Irlandais réclamèrent en vain les autres satisfac-tions. D’épouvantables famines les décimaient, comme celle de 1842, cellede 1850-51, qui coûta la vie à 400 000 personnes; celle de 1847, où plusd’un demi-million d’hommes moururent de faim. En trente ans (1830-1S60),la population, par suite du typhus, de la famine, de l’émigration, diminuade 2400 000 individus. A l’agitation légale succédèrent les complots, lesinsurrections et les procédés révolutionnaires. Déjà en 1821, s’était forméel’association mystérieuse des Whiteboys ou Enfants-Blancs, ainsi nom-més, parce que, dans leurs expéditions, ils se cachaient la figure avec unmorceau d’étoffe blanche. « Toute leur ambition, dit M. Hervé, se bornait» à faire la guerre aux propriétaires protestants, surtout à ceux qui avaient» la réputation, méritée ou non, d’user rigoureusement de leurs droits à» l’égard des fermiers et des paysans. Ùn propriétaire était-il signalé» comme ayant commis un abus de pouvoir ou un acte d’inhumanité, un» matin, en sortant de chez lui, il trouvait devant sa porte un cercueil.» C’était la manière de lui signifier l’arrêt de mort prononcé contre lui par» la terrible association. Peu de jours après, il tombait sous les coups» d’une bande de Whiteboys. La population était complice des assassins.» Parfois, le crime avait eu lieu en plein jour, devant des centaines de pér-il sonnes. Et cependant, la justice ne trouvait jamais un témoin pour con-» stater l’identité des coupables. » Après l’insurrection de 1848, des réfu-giés irlandais organisèrent en Amérique l’association du fénianisme, qui eutson conseil suprême, compta bientôt dans le Royaume-Uni 100000 affiliéset 8 à 10 000 fusils. Ils échouèrent dans leurs attaques contre le Canada et la ville de Chester en Angleterre; mais ils firent sauter la prison deClerkenwell (1867). Le fénianisme organisa la Ligue agraire, le RomeRule et le parti des Invincibles, qui se fondent dans la grande Liguenationale irlandaise, et dont le cri de ralliement est : No rent (pas defermages). Ses adhérents, qui se comptent par millions, réclament l’autono-mie de l’ile et la séparation complète entre l’Angleterre et l’Irlande ; seschefs, en Europe comme en Amérique , les uns, partisans de l’agitation lé-