66 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
« Killarnev est le joyau de l’Irlande , et dans ce petit coin doterre, les ruines du passé, les merveilles du présent, les beautéssans nombre qu’y a prodiguées la nature, se disputeront votreadmiration. Je me hâte d’ajouter que les guides aussi se dispute-ront la faveur de votre choix. Tout le monde est plus ou moinsguide dans la ville, depuis le leste gamin qui lutte d’agilité avecles chevreaux dos montagnes, jusqu’au vieillard grisonnant, quidéploie une ingénieuse éloquence à vous convaincre qu’il a encorebon pied, bon œil. Le plus souvent, on trouve dans le guideirlandais un agréable compagnon : son incessant bavardage, seshistoires sans fin, ses saillies spirituelles, sa bonne humeur inal-térable, la naïve indiscrétion avec laquelle il vous retourne, jus-qu’à ce qu’il ait appris qui vous êtes, où vous allez, ce qui vousamène et bien d’autres choses encore, tout cela amuse, égaye,surprend, confond même, et presque toujours déride le plus taci-turne des enfants d’Albion’.
» Le sauvage et grandiose défilé de Dunloe (Gap of Dunloc),long de 4 milles, s’ouvre, du nord au sud, entre la chaîneimposante des Mac Gillv Guddy Reeks, et les montagnes dePourpre qui le séparent des lacs de Killarney . Dans cette valléesombre, étroite, escarpée, qu’un géant semble avoir ouverte enpourfendant les rocs, la petite rivière Loe se fraye avec peine unpassage, tantôt sautant sur les rochers, et retombant écumanteau fond d’un gouffre qui bouillonne, tantôt s’arrêtant calme etpaisible dans le lit de quatre petits lacs, comme si elle rassem-blait ses forces pour franchir d’autres obstacles et renverser
1. « On fait en une journée le tour de ces merveilles pittoresques, moitié en» car , à cheval ou à pied, moitié en bateau à rames. J’ignore pourquoi on n’a pas» encore introduit la navigation à vapeur à Killarney , mais à quoi bon? Les tou-» ristes ont du temps à perdre, et l’eau est pou profonde dans les passes. Par mo-» meut il faut mettre pied à terre pour alléger l’embarcation. Ce qui m’a frappé» surtout dans celte promenade, c’est la joyeuse humeur de ce petit et pauvre» monde à qui nous avions affaire. Notre guide illustrait avec uneforte pointe d’hu-» mour les légendes locales, et ses conversations avec les échos — il y en a à» chaque pas; de doubles, de triples, de quadruples — n’avaient rien de mélanco-» lique. Un troupeau de boys et de femmes nu-pieds nous suivaient allègrement» jusque dans les sentiers de chèvres d’où nos souliers de citadins ne se tiraient» point sans avaries; les boys à Fallût d’un cigare sur sa ûn, les femmes offrant» les unes aux touristes altérés force verres de lait combiné avec du whisky, lesn autres mettant sous nos yeux tout un assortiment de « souvenirs » parmi lesquels» de gros bas de laine filés et tricotés l’hiver dans la montagne au prix modeste de» un sheliing la paire. Aucun refus ne rebutait ces marchandes tenaces, et lorsque» au bout de 2 ou 3 milles d’une poursuite infructueuse au milieu des cailloux» roulés et des roches pointues, il fallait bien renoncer à la chasse, elles s’en allaient» en riant. Insouciance et gaieté, voilà le fond du caractère de ces méridionaux» fourvoyés dans uneîle brumeuse de l’Océan. » (G. de Moltnari, l'Irlande , p.93.)