GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE . CO
groupe désordonné que domine la cime imposante de la plus hante mon-tagne de l’Irlande , le Carran Tuai (faucille recourbée!, à 1033 mètres d’al-titude. De son sommet, si l'horizon n’est pas voilé par des brumes, levoyageur découvre des vues splendides. « A l’ouest se dessinent les trois» baies de Dingle, de Bantry et de Kenmare , celle-ci précédée par une chaîne« de sombres montagnes, dont les hauteurs abruptes sont habitées par les» aigles. Au loin, scintille l’Atlantique, tacheté d’iles semblables à des points» noirs. Au nord-est, l'horizon semble borné par une large frange sinueusen et argentée ; c’est le lit du majestueux Shannon, roi des fleuves de l’Ir-» lande. A l’est et au midi, les yeux se reposent sur les vertes campagnes» de Kork et de Tipperary, unies et cultivées comme un jardin immense...» La bruyère rouge recouvre presque partout les flancs des Reeks (meules)» d'un manteau pourpre et vert que tachent de loin en loin d’innombrables» troupeaux... Au bord des sentiers, les pâtres viennent offrir le lait de» leurs chèvres, qu’ils appellent poétiquement la rosée de la montagne. »(Revue Britannique , id.),
Les lacs abondent dans les trois régions du Royaume-Uni; le pays deGalles a aussi les siens, comme les montagnes de Cumberland. Les plusravissants sont ceux de l’Ecosse. Walter Scott a décrit souvent les beautésdes montagnes de sa terre natale, leurs paysages à la fois gracieux et aus-tères, et les impressions de grandeur et de mélancolie qui naissent de leurscontrastes. On a dit que le grand romancier écossais avait un peu surfait laréputation de ces sites légendaires : il est certain que le lac Katrine doitsurtout sa célébrité à l’illustre écrivain qui a placé sur ses bords les prin-cipales scènes du roman poétique la Dame du Lac. La Caverne duLutin (Coir-Nan-Uris Min) et la pittoresque région des gorges des Tros-sachs , hérissées de pointes et de roches tombées des sommets voisins,jouent leur rôle dans le récit dramatique des mêlées des clans. « Aucun» rayon de soleil ne pouvait descendre dans les ténébreuses ravines où le» sentier serpentait, tantôt sous d’épais ombrages, tantôt sur les flancs des» roches isolées, forteresses naturelles, lourdes et gigantesques comme la» tour orgueilleuse qui s'éleva dans la plaine de Babylone . Dans leur bizarre» entassement, ces rochers, contemporains du monde, étaient taillés en» forme de tourelles, de dômes ou de créneaux; ou bien ils rappelaient par» leurs formes fantastiques, des coupoles ou des minarets, des flèches de» pagodes ou des mosquées orientales. Ces châteaux, bâtis par la nature,» avaient leurs ornements et leurs bannières; car de leurs fronts crevassés» se balançaient sur d’immenses précipices les vertes guirlandes de la rose» sauvage," étincelantes des gouttes de la rosée, tandis que mille arbustes» grimpants, plantés sur le sommet des rocs, agitaient leurs feuillages variés» au souffle bienfaisant du soir.
« La nature a prodigué en ces lieux toutes les plantes et toutes les» fleurs, filles de la montagne; ici, l’églantier embaume l’air; là, l’aubépine» et le coudrier entremêlent leurs rameaux; la primevère et la violette trou-» vent un étroit abri dans les fentes du rocher; la digitale et la vigne de» Judée groupent ensemble leurs sombres couleurs ; le bouleau et le peuplier» balancent leurs rameaux à chaque souffle du vent; plus haut, le frêne et le» chêne robuste enfoncent leurs racines dans les anfractuosités du rocher ;» plus haut encore, là où les rocs, séparés à leur base, semblent près de se» toucher dans les airs, le pin sublime va planter son tronc déchire et proje-» ter ses branches anguleuses dans l’étroit espace du ciel... Et plus haut que» tout cela, au-dessus de toute végétation, après avoir vu briller les pics» blanchis des montagnes, d’où pendent en flottant les cascades étincelantes,