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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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100 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

achetés par eux 20 centimes, et des bottes plus ou moins éculées, décou-sues, déchirées, sans talon, sans semelle ou sans empeigne, de 12 sous à5 francs, suivant l’objet ou le cours de la Bourse. On y débite aussi, à desprix modérés, des restes de vêtements portés jadis par des lords, des la-dies, ou les dandys de Belgrave square 1 . « Tout s’y rencontre et tout s’y» mêle. Les débris de l'écharpe des bayadéres et le velours du manteau» des reines, l’uniforme brodé des généraux en chef, ia veste du matelot,» la capote de l’artilleur, le diadème des monarques de théâtre, le maillot» des figurantes, le parapluie du petit rentier, les éperons du chasseur aux» renards, les bas tricotés de la paysanne, la toque à plumes de l’enfant,» le bonnet fourré du vieillard, l’hermine et la toque du juge, le rabat de» l’évêque, le pardessus des élégants et la blouse des charretiers, viennent,» après bien des circuits et bien des aventures, aboutir, de chute en chute,» au marché aux guenilles. C’est leur dernière étape. » ( Saint-Paul’sMagazine, cité par la Revue britannique, mars 1874.)

« Si la pauvreté est quelque part un abîme insondable, c’estici, et l’on sait trop de quels vices grossiers elle est la source.J’ai devant moi une description en anglais de Bethnal-Grecn , àfaire dresser les cheveux sur la tête. Bethnal-Green n’est pas unlieu situé aux extrémités du monde ; non, Bethnal-Green faitpartie d’une ville peuplée de Crésus : c’est un immense quartierqui s’étend de l’extrémité est à l’extrémité nord-est de Londres ;c’est, un de ces nombreux et monstrueux villages qui, mis à lasuite les uns des autres, forment la capitale de l’Angleterre ;c’est une cité de 79 000 habitants. Cette cité est le repaire d’àpeu près autant de misérables. Là, l’humanité grouille dans une

4. « La population a l’apparence plus misérable que celle de Paris . Chez nous,» les ouvriers, les gens des basses classes ont des habits faits pour eux, grossiers» il est vrai, mais d’une forme particulière, et qu’on voit bien leur avoir toujours» appartenu. Si leur veste est déchirée aujourd’hui, on comprend qu’ils l’ont portée» neuve autrefois. A Londres , ce n’est pas cela... Le peuple s’habille à la friperie,» et de dégradation en dégradation, l’habit du gentleman finit par figurer sur le» dos du récureur d’égout, et le chapeau de satin de la duchesse sur la nuque d’une» ignoble servante ; même dans Saint-Gilles, dans ce triste quartier des Irlandais qui» surpasse en pauvreté tout ce qu’on peut imaginer d’horrible et de sale, on voit» des chapeaux et des habits noirs, portés le plus souvent sans chemises, et bou-» tonnés sur la peau qui appai’ait à travers les déchirures ; Saint-Gilles n’est pour-» tant qu’à deux pas d’Oxford Street et de Piecadilly. Ce contraste n’estménagépar» aucune nuance. Vous passez sans transition de Ja plus flamboyante opulence à» la plus infâme misère. Les voitures ne pénètrent pas dans ces ruelles défoncées,» pleines de mares d’eau où grouillent des enfants déguenillés, où de grandes filles» à la chevelure éparse, pieds nus, jambes nues, un mauvais haillon à peine croisé» sur la poitrine, vous regardent d'un œil hagard et farouche. Quelle souffrance,» quelle famine se lit sur ces figures maigres, hâves, terreuses, martelées, verge-» tées par le froid ! 11 y a là de pauvres diables qui ont toujours eu faim à partir» du jour où ils ont été sevrés ; tout cela vit de pommes de terre cuites à la vapeur,» et ne mange du pain que bien rarement. A force de privations, le sang de ces» malheureux s’appauvrit, et de rouge devient jaune, comme l’ont constaté les» rapports des médecins. » (Th. Gautier.) . . v