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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE . 101

multitude de bouges infects près desquels vous n'oseriez pasvous risquer sans doute, de peur d’ètre détroussé. Là, s’il vousarrive de demander au blême habitant d’une de ces cahutes,dont les approches sont défendues par la saleté et la puanteur,pourquoi il ne se plaint pas, pourquoi il ne s’adresse pas à l’in-specteur de la salubrité publique, il vous répondra qu’il craintle progrès plus que la peste, que le loyer de son horrible demeures’élèverait le jour où elle cesserait d’être moins horrible, et qu’ilvaut encore mieux coucher dans une écurie que dans la rue. Là,nul autre représentant de la civilisation que le policeman ; là,nul autre représentan t du christianisme que le distributeur pa-tenté des aumônes. C’est le gîte préféré des pourceaux : et commeils sont aussi mal nourris que mal soignés, comme ils se vautrenttout le jour dans l’ordure, comme ils boivent en des gouttièresremplies de toutes sortes d’immondices, et que les enfants duquartier sont condamnés à vivre pêle-mêle avec ces hideux com-pagnons, dans une atmosphère pestilentielle, il a fini par enrésulter une maladie contagieuse de nouvelle espèce, pig seul,la gale aux pourceaux 1 . » (Louis Blanc, Lettres sur VAngleterre,2° série, t. Il, p. 68, in-8°, 1863, Paris , Lacroix.)

1. Londres n'a pas, hélas ! le privilège de ces misères. Voici comment M. Taine dépeint une des rues pauvres de Liverpool : « Nous revenons par les quartiers» pauvres. Quel spectacle! Aux environs de Leed Street, il y a quinze ou vingt» rues tendues de cordes en travers, où sèchent des haillons et des linges. Sur» chaque escalier grouillent des troupeaux d’enfants, échelonnés par cinq ou six» sur les marches, l’ainé portant le plus petit ; figures pâles, cheveux blan-» châtres, ébouriffés, guenilles trouées, ni bas, ni souliers, tous ignoblement» sales, le visage et les membres semblent encroûtés de poussière et de suie. 11» y a pÊut-ètro deux cents enfants qui se vautrent et se battent ainsi dans une» seule rue. On approche et l’on voit dans le demi-jour du couloir la mère, uno» grande sœur accroupie, presque en chemises. Quels intérieurs ! On aperçoit un» morceau râpé à’oil cloth, parfois une coquille marine, une ou deux chinoise*» ries de plâtre; la vieille grand’mère idiote est assise dans un coin; la femme» essaye de raccommoder les pauvres hardes, les enfants se bousculent. L’odeur» est celle d’un magasin de chiffons pourris. Presque toutes ces maisons ont» pour rez-de-chaussèe un sous-sol dallé, humide. Se figure-t-on la vie, dans ces» caves, en hiver?— Quelques enfants tout petits sont encore frais et roses;» mais leurs grands yeux bleus font mal à voir : ce beau sang va se gâter; plus» âgés, ils s’étiolent; la chair devient flasque et d’une blancheur malsaine; on» voit des visages scrofuleux, de petites plaies recouvertes d’un morceau de pa-» pier. Nous avançons, et la foule augmente. De grands garçons, assis ou demi-» couchés sur le trottoir, jouent avec des cartes noires. Des vieilles, barbues,» sortent livides des boutiques à gin ; leurs jambes flageolent ; leur regard morne,» leur sourire hébété sont inexprimables ; il semble que les traits aient étélente-» ment corrodés par le vitriol. Les haillons tiennent à peine et montrent par« place la chair crasseuse; ce sont d’anciens habits élégants, des chapeaux do« dame... »(II. Taine , Notes sur TAngleterre, extrait du journal le Temps.)