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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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BELGIQUE .

lancoliques quils comptent tristement. Puis tout se tait à nouveau,et pendant un quart dheure on peut se croire égaré dans unmonde enchanté, dans quelque domaine de la Belle au Bois dor-mant, ou mieux encore dans un gigantesque béguinage.Ja-

dis agitées et tumultueuses, demeures des foulons et des tisse-rands, ces rues suffisaient à peine à la circulation, et maintenantelles sont si peu passantes, que bien souvent les dentellièrespauvres sinstallent pour travailler au milieu du pavé., silen-cieusement accroupies, sans craindre ni piétons, ni cavaliers, nivoitures, le corps ployé en deux sur leurs petits carreaux, la tèteet le buste immobiles, elles usent les heures de leur triste jour-née en agitant fébrilement, avec le bout de leurs doigts, leurs filsenroulés sur des fuseaux et des bobines. Aucune ne bouge à notreapproche, aucune ne lève la tète ni les yeux. A dix pas, on lesprendrait pour des statues.

» Les rues franchies, on arrive sur les canaux, petits canauxavee un seul quai, enjambés par des ponts en dos dâne, frustes,écornés, entamés par les ans, grillés par le soleil et rongés parla pluie, mirant dans les eaux claires leurs tonalités vives. Et surces ponts, un ou deux mendiants immobiles, dont les vêtementsdéteints ont pris les tons rouges de la brique, semblent, dansleur austère impassibilité, faire corps avec la borne sur laquelleils sont assis. On se croirait à mille lieues de la Flandre , danscertaines villes italiennes, plutôt en Sicile , ou bien encore enOrient. Il y a des recoins, le quai espagnol par exemple,lon jurerait dêtre à Venise . Certaines de ces ruelles, que nousvenons de traverser, rappellent Syracuse . Et quand, longeant lequai, on passe devant Sainte-Anne; quand, de, on aperçoit lamasse rugueuse rouge chaudement colorée de léglise, dominéepar son svelte clocher et par cette tour bizarre de Jérusalem , sur-montée dune boule et coiffée dune loggetta, malgré soi lon secroit transporté dans quelque coin ignoré de Murano ou de Pise,et la petite place quentoure le vieux sanctuaire prend l'aspectattristé dun funèbre campo santo. » (Henry Havabd, la Terre desGueux, p. 269; Paris , in-18, 1879, Quantin.)

Aspect de Ciand<

« Je sais peu de villes en Europe qui, avec autant de pointsde contact, de traits communs et de causes de similitude, dif-fèrent plus complètement que Bruges et Gand . Toutes deux,