180 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
elles appartiennent à la même contrée, à la même nation, à lamême'province, et le lien politique qui les unit remonte à leurfondation. Toutes deux, elles ont la même température, le mêmeclimat, le même sol. Leur population descend de la même race,sort de la même souche et parle la même langue. Leur histoire,à la fois brillante et violente, subit des vicissitudes presque iden-tiques. Leur fortune passée est également éblouissante, et, dansle monde intellectuel, elles laissent à travers les siècles une tracepareillement lumineuse. En tout, elles furent rivales. Gommeart, puissance, influence ou richesse, elles occupèrent tour à tourle premier et le second rang. Elles eurent les mêmes institutions,presque les mêmes coutumes, et toujours les mêmes princes.
Toutes deux, elles devraient donc être pareilles, et cependantjamais impression plus différente n’assaillit l’étranger qui vientles voir, l’une et l’autre, pour la première fois.
» Alors que Bruges s’est paisiblement assoupie au milieu de sesmonuments robustes et graves, Gand a continué de s’agiter et devivre. Alors que l’une se repose doucementde sa gloire et jette unregard mélancolique sur la richesse disparue ; l’autre, puissanteet riche, s’occupe de s’enrichir encore pour devenir plus puis-sante. Et si j’étais tourmenté par le besoin de résumer ces diver-gences dans une image antithétique et saisissante, je compare-rais Bruges à un béguinage communier, grave, recueilli, dé-taché des préoccupations mondaines, et Gand , à une fournaisemunicipale, où la vie pétille, où la sève bouillonne, où l’acti-vité coule à pleins bords.
» Ce n’est pas toutefois que Gand ne renferme aussi destrésors archéologiques qui nous redisent les splendeurs duvieux temps. La ville en est pleine au contraire, et l’on peutaffirmer, sans crainte d’être démenti, qu’il est peu de cités enEurope qui soient, sous ce rapport, plus largement pourvues.
» Certains quartiers, je l’accorde, ont été entièrement ranimés.' Allez donc retrouver, sons les frais et gracieux ombrages de laPlace d’armes, le champ clos héroïque où le bon chevalier Jacques de Lalaing venait rompre des lances légendaires avec Jehan deBoniface, le Sicilien terrible. Fouillez du regard les maisons quibordent ce Longchamps gantois, et vous chercherez en vain lerespectable et charmant asile où Jean et Hubert van Eyck ontpeint leurs plus merveilleux tableaux. Un café occupe sa place,comme des clubs élégants, des cercles riches, des brillantes so-cieteiten ont remplacé les gracieuses demeures des patriciens du