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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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188 LECTURES ET ANALYSES RE GÉOGRAPHIE.

est le « quai au blé. » Il nous souvient que Gand avait jadislétape du blé dArtois. Cest donc un des points de la villequi, dans tous les temps, furent les plus animés et les plusbruyants. Il sy brasse encore aujourdhui pour des millions daf-faires. Mais ici point de mécompte. Ce canal, encombré de ba-teaux pansus, colorés, à la voilure rougeaude, a bien le mêmeaspect que jadis. Admirez, je vous prie, les cinquante maisonsqui le bordent, vieilles pour la plupart, toutes pittoresques,quelques-unes à pignons extravagants. Remarquez surtout celledu milieu, la maison des « francs-bateliers, » toute faite de res-sauts, de pinacles et de redans, crevée de vingt-cinq ouverturestransformées par leurs meneaux en soixante fenêtres historiées.Donnez enfin un regard à ce ciel brillant, entamé par les clochersde Saint-Nicolas et la masse noire de Saint-Michel. Accordez undernier coup dœil à ces eaux frémissantes, qui reflètent ce pano-rama tremblé, et dites-moi sil est possible dimaginer un tableauplus coloré, plus complet et surtout plus archaïquement pitto-resque.

» A partir de ce point, nous pouvons continuer notre route.Partout nous trouverons des vieilles maisons, des façades hé-roïques, des croisées à meneaux, des frontons décorés, des pi-gnons audacieux et, plaquées-dessus, des sculptures fines etcurieuses, dont la moindre vaut une page dhistoire. Au milieude tout cela, les rues se suivent ou se croisent, enjambant desponts, traversant des canaux, sinclinant sur elles-mêmes, tra-çant des courbes harmonieuses, ou se mirant dans les eauxclaires de lEscaut, de la Lys, de la Liève ou de la Moere. Et lesmarchés se succèdent : marché aux grains, marché aux herbes,marché aux poissons, marché aux œufs, marché au beurre, pouraboutir au célèbre « marché du vendredi. »

» Ici il faut nous arrêter de nouveau. La place est transformée,il est vrai. Les maisons, rebâties ou modernisées, ne disent plusgrandchose. Supprimez lhôtel de la Collasse qui dresse encoredans un angle sa tourelle fringante, les clochers de Saint-Jacques qui lancent vers le ciel leurs croix fleuronnées, et vos yeux cher-cheront en vain une pâture pour larchéologue. Que sont devenuesles maisons des Métiers qui bordaient la place, le balcon dCharles le Téméraire harangua le peuple, et la colonne de Gharles-Quint? Mais, si tout cela a disparu, les souvenirs nen jaillissentpas moins dentre les pavés, et se dressent formidables, terribles,sanglants et encore vivants, malgré la pénombre des siècles. Que