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de drames nous raconterait ce sol, s’il lui était permis de crier lenom de tous ceux dont il a bu le sang 1 !
» .Gand est encore de nos jours une ville ouvrière, dans
le sens élevé du mot. Alors que Bruges a tout perdu en perdantla mer, sa vieille rivale, toujours fondée sur mestiers comme elleétait au moyen âge, a fait progresser son industrie et s’est main-tenue à la hauteur des cités productrices les plus importantes. Lafilature et le tissage des cotons, qu’elle a substitués au tissagede la laine, occupent chez elle plus de trente mille paires de bras.Deux de ses principales fabriques linières, la Lys et la Liniêregantoise, comptent S 000 ouvriers chacune, et la Lys montre avecfierté le plus grand moteur à vapeur qui soit sur le continent. »(Henry Havard 2 , la Terre des Gueux, Voyage dans la Flandre fla-mingante, chap. vii, xiii et xvi; Paris , in-18, 1879, Quantin.)
Gand a conservé les traditions de son indépendance d’autrefois. Ses insti-tutions communales sont actives et florissantes ; ses écoles et ses hospices,admirablement installés et dotés; ses bibliothèques, ses académies, sescercles, ses musées, font l’orgueil de la province; nulle part les associa-tions de toute sorte, politiques, littéraires, musicales, artistiques, de bien-faisance, ouvrières, agricoles, toutes nées de la libre initiative des citoyens,ne se sont plus multipliées sous les formes et pour les applications lesplus variées d’utilité ou de plaisir. « Ardente aux revendications poli-» tiques, elle apporte à la vie publique la passion généreuse, la vaillance» de cœur, le goût de la bataille, inscrits à chaque page de son histoire ;» c’est la continuation des énergies séculaires, autrefois dépensées sur les» champs de bataille dans les effervescences d’une vie moins réglée que la
1. Gand était une des plus enviables parmi ces villes opulentes de la « grasseFlandre , tentation continuelle des gouvernements féodaux voraces, toujours prêts,dit Michelet, « à faire un joyeux pèlerinage aux magasins de Gand , aux épicesde Bruges , aux fines toiles d’Ypres , aux tapisseries d’Arras . » Mais Gand , en par-ticulier, prouva « quel risque il y avait à mettre en mouvement ces prodigieuses» fourmilières, ces formidables guêpiers de Flandre . Le lion couronné de Gand ,» qui dort aux genoux delà Vierge, dormait mal et s’éveillait souvent. Roland» (la grosse cloche de la tour carrée du beffroi) sonnait pour l’émeute plus fré-» quemment que pour le feu. » On lisait sur la cloche cette inscription : RolandlRoland ! tintement, c'est incendie ! volée, c'est soulèvement ! — Au temps de Charles- Quint , qui, en 1539, lui enleva ses privilèges et ses armes, elle avait 40000 tisse-rands. Parmi les monuments du passé, elle a conservé avec son beffroi, élevé autreizième siècle, la cathédrale de Saint-Bavon, un Béguinage qui est le plusçrand delà Belgique , et dans un coin de la place du Marché du Vendredi, où aété érigée en 4863 la statue de bronze du brasseur Jacques d’Arteveld, on voitencore le grand canon en fer forgé du quinzième siècle, la Dulle Griete (Margotl’enragée).
2. M. Henry Havard , littérateur et critique d’art, membre du Conseil supérieurdes beaux-arts, collaborateur du Siècle, a publié plusieurs ouvrages remarquablessur ses voyages dans les Pays-Bas , la Belgique , l’Italie . Nous aurons plus d'unefois l’occasion de citer ce guide aussi savant qu’aimable et judicieux.