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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

Le dessèchement des lacs; la mer de Haarlem ;le Kuyderæée.

Les Hollandais, encouragés parles succès obtenus dans l'assèchement despolders, s’attaquèrent hardiment aux lacs intérieurs. Dès le dix-septièmesiècle, ceux du Beemster, du Purmer, du Sliermer se transformaient, grâceà leur industrieuse activité, en campagnes riches et fertiles. De 1608 à 1640,vingt-six lacs furent changés en polders, dans la seule province de Hollandeseptentrionale. Suivant M. YV. Staring, inspecteur général de Renseigne-ment agricole dans les Pays-Bas , depuis l'an 1600 jusqu’en 1860,360 000 hectares de terre de qualité supérieure ont été conquis sur l’Océan.

Les Hollandais sont condamnés à un combat sans fin contre les eaux;ils vivent sur le pied de guerre avec la mer. L’invasion des eaux marineset fluviales estime menace perpétuellement suspendue sur leur sol. Lesarmes de la Zélande dépeignent d’une façon saisissante ce péril de la con-trée en même temps que l’énergie des haüitants ; elles représentent un lionluttant contre le flot dans lequel il est à demi plongé. Ce blason a pourexergue cette fière et éloquente devise : Luclor et emergo.

On a fait le relevé des inondations les plus désastreuses qui ont ravagéles Pays-Bas depuis l’ère chrétienne; Beyer n’énumère pas moins de190 catastrophes entre les années 616 et 1826. Les plus terribles furentcelle de 1230, qui noya 100 000 hommes dans la Frise; celle de 1277. quicreusa soudain le golfe de Dollart ; celle de 1421 qui, dans l’espace d’unenuit, ouvrit, en rompant les digues, le lac Bies-Bosch, et engloutit100 000 personnes et 72 villages; celle de 1670, qui désola la provinced’Utrecht, et détruisit dans Groningue 9 000 habitants et 70 000 tètes debétail; celle de 1686, qui renversa 600 maisons et convertit momentané-ment la Frise en une vaste mer; celle de 1717, qui mit Groningue sousl’eau et causa la perte de 6000 hommes, 6000 chevaux, 80 000 moutons etbestiaux. Au dix-neuvième siècle, on n’a pas perdu le souvenir des désastresde 1825, 1855 et 1880.

On comprend que les Hollandais se soient de tout temps préoccupés desconstructions hydrauliques et qu’en ce genre ils n’aient pas de rivaux.« Là, dit JL Hérelle, chacun s’intéresse aux digues, aux écluses, aux» canaux : du bon entretien de ces ouvrages dépend la prospérité privée» et publique. Le gouvernement lui-mème a créé, sous le nom de Waler-

» villes et villages par-dessus. Je maintiendrai, dit fièrement ce peuple héroïque.» La mer l’assaille ; il lui construit des falaises artificielles : « Ta n’iras pas» plus loin! » Mieux encore, il lui dit : « Recale! » et demain, il desséchera» le Zuyderzée. Les fleuves débordent : il charge le vent de les renvoyer dans» leur lit ou dans les canaux, et le vent obéit ; et le moulin tourne, fouettant» l’eau plus utilement que Xerxès . L’eau insiste, pénètre en brouillard, tombe» en pluie, ternit et salit ; ils font frotter et vernir sans repos. La plaine est mo-» notone, triste, la plage morne, l’horizon effrayant; ils se créent des intérieurs» bien clos, bien blancs, pleins de confort et de joie. Un rayon perce-t-il la» brume, ils inventent le clair-obscur et donnent au monde Rembrandt . Leur» langue est peu répandue : ils en parlent trois couramment. Leur territoire est« trop petit : ils ont les Indes et vivent en bateau sur l'immensité même, sur» cette eau qui était pour les submerger, et dont ils ont fait le moyen, la raison» d’être, l’esclave, la défense et la gloire de leur nation. » —■ (Jean Aicaiuj,Visite en Hollande, 1879, in-8°, p. 61, Sandoz.)