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» staat, une sorte de ministère des eaux, conseil supérieur que composent» les ingénieurs et les savants les plus distingués, car la défense du pays» contre l’inondation exige une vigilance incessante et une science sure de» son fait. »
« Un hôte dangereux et remuant inquiétait la province doHollande : nous voulons parler du lac de Haarlem . Ce lac, lesHollandais l’avaient vu naître. L’histoire de sa formation doitêtre étudiée sur les anciennes cartes; on suit alors pas à pas lesdéveloppements de cette masse d’eau, qui avait fini par intimi-der la ville de Leyde et la ville d’Amsterdam . Il existait en 1531,dans les environs de Haarlem , quatre petits lacs insignifiantset, à côté de ces lacs, florissaient trois villages, dont les nomsont été conservés : Nieukerk, Dorp Ryk et Wijk Huvsen (Cinq-Maisons). En 1591, un des trois villages avait déjà disparu ; en1647, les quatre lacs s’étaient réunis, et leurs noms particulierss’étaient confondus dans celui de Haarlemmer meer. Il n’y avaitplus qu’un point de terre, le Beinsdorp, qui surnageait; en 1687,le Beinsdorp avait diminué, et le lac s’accroissait toujours. Dansces derniers temps, il avait atteint 11 lieues de circonférence.C’était une mer, et une mer orageuse. Sur cette mer s’étaientlivrées des batailles navales, des flottes de 70 bâtiments platsavaient manœuvré, plusieurs vaisseaux avaient péri. Nous avonsvu à Haarlem , dans le cabinet d’histoire naturelle du docteurvan Bredâ, deux individus du genre Silurus glanls , qui avaientété pêchés dans le lac, et qui appartiennent à la plus grandetaille des poissons d’eau douce. Tour à tour d’humeur calme ouviolente, ce lac paraissait se comporter selon des lois à lui. Lel Gr novembre 1755, on l’avait vu s’émouvoir au moment dufameux tremblement de terre de Lisbonne , et l’on n’apercevaitrien de cette agitation dans la mer. La traversée de ses eauxétait périlleuse; il y avait eu des naufrages. Comme ces ani-maux qui deviennent plus méchants avec les années, le lac deHaarlem se montrait de jour en jour d’un caractère plus tempé-tueux. A chaque gros temps, on voyait dans cette mer intérieuredes montagnes d’eau se soulever, battre avec une grande forceles ouvrages de défense, et s’écrouler sur les bords avec beau-coup d’écume. C’était un voisin incommode et dangereux ; siles ouvrages dans lesquels on le contenait à peine fussent venusa céder, le lac se serait jeté dans d’anciennes tourbières inondéeset eût recruté là de nouvelles forces pour menacer toute la Hol-lande. On dépensait, d’un autre côté, à combattre ses empiète-