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ments et à le refouler dans son lit, autant d’argent qu’il en eûtfallu pour le mettre à sec. Cependant le lac de Haarlem conti-nuait d’exister, lorsque, le 9 novembre 1836, les eaux, chasséespar un vent d’ouest furieux, s’élancèrent par-dessus les digueset les routes, et arrivèrent jusqu’aux portes d’Amsterdam . Cetévénement décida du sort du Haarlemmer meer. Le lac avaitmenacé Amsterdam , Amsterdam dit au lac : Tu disparaîtras.
» De ce jour, en effet, son arrêt fut prononcé ; il ne s’agissaitplus que de trouver les moyens pour exécuter la sentence. Ledessèchement du lac de Haarlem avait été plusieurs fois proposé,et divers systèmes avaient été mis au concours. En 1643, uningénieur et faiseur de moulins , dans la Nord-Hollande , Jean-Adrien Leegh Water, voyant le péril qui menaçait la Hollande ,si le lac de Haarlem continuait d’exister, avait publié à Amster dam un petit ouvrage dont la conclusion était : « Il faut se dé-» barrasser de cette masse d’eau ruineuse et envahissante, ergo» delendum est mare ! » A cet ouvrage étaient joints un plan dedessèchement et une carte. L’auteur du projet avait besoin decent quarante moulins pour déverser l’eau du lac dans la mer.Ce projet rencontra plus d’un genre d’objections : il aurait falluque le vent se fît sentir vite et longtemps dans la même direc-tion pour que les moulins travaillassent convenablement. Beau-coup d’autres systèmes se produisirent; mais pour extraire cettepuissante masse d’eau, il fallait une force considérable, indé-pendante des variations de l’atmosphère, soumise seulement etentièrement à la volonté de l’homme. Ces plans embryonnairesn’étaient, relativement aux moyens d’exécution, que des uto-pies ; il leur manquait une découverte qui levât tous lesobstacles et qui rendit praticables toutes les hardiesses du géniehumain, il leur manquait la vapeur. La force de la vapeurtrouvée, l’assèchement du lac de Haarlem était décrété en prin-cipe. Cette invention moderne changea en effet, de fond encomble, les conditions de cette œuvre difficile et jusque-là témé-raire. Au mois d’avril 1840 partit de la Hollande, pour se rendreen Angleterre, une commission chargée de faire des recherches
sur la vapeur et sur les machines d’épuisement. Après
quelques essais, les principaux organes du nouvel appareilfurent constitués. C’était moins une machine qu’un être colossalet animé ; on lui donna le nom de Leegh Water, en souvenir decelui qui, le premier, avait osé conseiller le dessèchement decette mer. Le Leegh Water commença tout seul l’épuisement des