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PAYS-BAS.
nappe d’eau, il semble qu’on puisse s’abandonner aux vents etaux vagues, sans crainte des récifs, ni des abordages. Mais,dès qu’on a la carte marine sous les yeux, tout change d’aspect,et l’on est frappé par le nombre considérable des bancs de sablequi s’étendent dans tous les sens, et ne laissent entre eux qu’unchemin à peine praticable. A côté d’un étroit chenal, qui a14, lb et parfois 20 pieds de profondeur, s’allonge un énorme« Zanaibank » qui n’est couvert que de 3,2, et souvent unseul pied d’eau. Si une fausse manœuvre, une erreur ou uncoup de vent vous pousse sur l’un de ces bancs, tout est perdu.Les sombres et sinistres récits abondent à chaque page de l’his-toire du Zuyderzée...» (Henry Havabd, les Villes mortes duZ uyderzêe; in-18, Paris , Plon.)
L’ile de Marken , langue de terre triangulaire, munie d’un phare, n’estprotégée contre les flots que par une levée de terre, haute d’un mètre. Lesinondations y sont périodiques. Les habitants, au nombre d’un millier, ontélevé sept tertres où ils ont bâti leurs demeures; un huitième est le cime-tière de l’ile. Ni arbres, ni bestiaux; on n’y voit que quelques moutonsimportés au printemps, et qui sont ramenés à l’automne sur la terreferme. La population saine et robuste, de mœurs douces et hospitalières,est composée de pêcheurs intrépides ; les anchois, les harengs et les solesdu Zuyderzée constituent, avec les foins récoltés dans l’ile, la principaleressource de Marken . Les Markenaars ont gardé la pureté primitive de leurrace; ils n’émigrent pas, ils n’attirent pas les immigrants. Les femmes por-tent encore le pittoresque costume national, tel qu’il était il y a trois siècles :l'énorme coiffe blanche semblable à une mitre, qui recouvre et comprimeles oreilles, et d'où s’échappent de chaque côté de grosses mèches de che-veux blonds, tordues en tire-bouchon et tombant jusqu’au milieu de lapoitrine ; le corsage brun, couvert de riches broderies et protégé contre lesoleil, la poussière et la pluie par un plastron de perse, semé de fleursrouges sur fond rose; enfin la jupe multicolore, de couleur claire, ou bleufoncé, rayée de doubles bandes noires on rouges.
« Monnikendam est une charmante petite cité pavée en briques jaunes,» bâtie en briques rouges, avec des encadrements clairs aux fenêtres et» des jalousies vertes. Elle est propre, luisante, tenue dans le goût de» Broek, c’est-à-dire tirée à quatre épingles. « Malgré sa décadence com-merciale, elle est encore un important marché, et sous l’auvent de sapetite Bourse, où douze personnes tiendraient mal à l’aise, se vendentchaque année 200 000 kilogrammes de fromage et pour 100 000 florins deharengs frais. — A quelques kilomètres au nord, le hameau de pécheursde Vollendam cache derrière sa haute digue ses pignons verts et ses mai-sons de bois peintes en vert tendre ou en noir foncé. — Plus loin, Edam n’a gardé que 5 000 âmes sur les 25 000 qu’elle comptait au dix-septièmesiècle ; — lloorn, dont la foire aux bœufs attirait jadis, de tous les coins del’Europe , des milliers d’étrangers, est également dépeuplée. Toutes deuxd’ailleurs sont encore célèbres par leur commerce de fromage; lloorn enexporte chaque année 2500 000 kilogrammes, il se vend parfois jusqu’à118000 fromages parjour sur son marché.