236 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
nattes très propres ; les meubles avaient le luisant de l’ébène ; jles poignées de la commode, la languette du coffre, les saillies 'd’une petite armoire, les broquettes des chaises, jusqu’aux clous jplantés dans le mur, tous les objets semblaient être en argent, jLa cheminée était un vrai petit temple, toute revêtue de carreauxde faïence coloriés et si propres qu’ils avaient l’air de n’avoirjamais subi les atteintes de la fumée. Sur une petite table il yavait un encrier en cuivre, et quelques brimborions qui auraientattiré l’attention dans la boutique d’un orfèvre.
» Partout où se portaient mes regards, je voyais étinceler quel-que objet. N’apercevant pas le lit, je demandai à la bonnefemme où elle dormait. Pour toute réponse, elle s’approchad’une paroi et ouvrit les deux battants d’une porte cachée parla tapisserie. Le lit (dans cette maison comme dans toutes lesautres) occupe une espèce d’alcôve pratiquée dans le mur, etconsiste en un matelas et une paillasse étendus sur la partie infé-rieure du mur même, sans bois de lit. Cela peut-être commodeen hiver, mais on doit y étouffer en été.
» Cette femme me lit voir les instruments qui lui servaientau nettoyage. Il y avait de quoi monter une boutique : balais,époussettes, petites brosses, lavettes, ratissoires, petits râteaux,écouvillons, baguettes, pelles, plumeaux, eau-forte, blancd’Espagne pour les vitres, poudre rouge de Venise pour la vais-selle, poudre de charbon pour les cuivres, émeri pour le fer,brique anglaise pour les dalles, et jusqu’à de petits morceaux debois pour extirper les fétus de paille microscopiques d’entre lesjoints des briques. Elle me donna de forts curieux détails ausujet de la fureur de propreté qui a rendu le village de Broekfameux en Hollande. Il n’y a pas longtemps qu’on lisait à l’entréedu village une inscription conçue en ces termes : Avant ou aprèsle coucher du soleil , personne ne peut fumer dans le village deBroek, si ce n’est avec une pipe munie d’un couvercle (pour que lacendre ne se répande pas), et quand on traverse le village avec uncheval, il est défendu de rester en selle, on doit le conduire à pied. 'Il était aussi défendu de traverser le village en voiture, ou avecdes brebis et des vaches ou tout autre animal qui aurait pusouiller la voie publique. Cette défense ne subsiste plus, maisles chariots et les animaux font encore le tour de Broek, par laforce de l’habitude.
» Il y avait devant toutes les maisons, et il y a même encore jdevant certaines portes, des crachoirs en pierre, dans lesquels