PAYS-BAS.
237
les fumeurs crachaient du haut des fenêtres. L’habitude derester déchaussé dans la maison est encore en pleine vigueur, sibien que l’on voit des bottines, des souliers et des sabots amon-celés devant toutes les portes. On raconte que des soulèvementspopulaires ont eu lieu à Broek contre des étrangers qui semaientpar les rues des noyaux de cerises ; c’est une fable, mais ce quiest vrai, c’est que quand un habitant de Broek voit tomber unefeuille ou un brin de paille que le vent apporte devant sa mai-son, il va le ramasser et le jeter dans le canal. On dit encore,ajouta cette bonne femme, que l’on va nettoyer les souliers àcinq cents pas hors du village, qu’il y a des garçons payés poursouffler quatre fois par jour entre les briques de la rue, et quedans certaines maisons on porte les hôtes à bras pour qu’ils nesalissent pas le plancher; ce sont de purs commérages, et il estplus que probable qu’il n’en est rien. » — (Edmondo de Amicis ,la Hollande; Paris , Hachette, 1878, in-18.)
« Je ne connais pas un pays plus durement, plus injustement traité» dans les descriptions de voyage que la Hollande. Un grand nombre» d’étrangers la visitent cependant chaque année et pourraient apprendre» à la connailre telle qu’elle est réellement. Mais les uns arrivent là comme» par acquit de conscience, pour traverser La Haye , jeter un coup d’œil sur» Amsterdam , inscrire leur nom dans la cabane de Pierre le' Grand et» repartir. D'autres y viennent avec des idées toutes faites, un point de vue
» arrêté d'avance. Que d’épigrammes en vers et en prose n’a-t-on pas
» faites sur l'avarice et la sécheresse de cœur des Hollandais! Combien den charmantes facéties sur leur habitude de fumer et sur le lavage quoti-n dien des rues et des maisons! 11 y a des gens qui croient encore sincère-» ment que le pavé de Broek est frotté chaque matin comme un parquet de» la Chaussée-d’Antin, qu'il est défendu d’éternuer et à plus forte raisona de cracher dans les rues, que les poules et les chats sont bannis de cet« Eldorado de la propreté, etc. Il y a des gens qui se figurent que le» Hollandais, la pipe et le verre de genièvre ne forment qu'un seul et même» individu. Je comprends que le duc d’Albe, dans sa ferveur de catholique» et sa haine d'Espagnol contre un peuple de protestants révoltés, se soit» écrié en regardant les plaines affaissées de la Hollande, que c'était le» pays le plus voisin de l’enfer. Je comprends que Voltaire , irrité de ses» relations avec les libraires d’Amsterdam , ait prononcé en quittant la Hol-» lande sa méchante boutade : « Adieu canaux, canards, canailles. » Mais» que les Anglais et les Allemands, dont les habitudes ont tant de rap-« ports avec celles des Hollandais, se soient avisés aussi de railler cette» honnête nation, en vérité, c’est à quoi on ne devait pas s’attendre. »(X. Marmier, la Hollande : Revue des Deux-Mondes , 1 er janvier 1841.)