296 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
lointain. Bientôt nous aperçûmes, au-dessus de la montagne quisert de théâtre à ce prodigieux phénomène, comme un nuage depoussière jaillissante. ...Au bout de quelques minutes, nousavions gravi les hauteurs : les cataractes étaient devant nous.
« Je ne crois pas qu’aucun autre endroit du monde offre unspectacle aussi majestueusement sauvage. Partout où vous portezles regards, vous voyez des rocs escarpés à travers lesquels lestorrents se précipitent; l’écume jaillit au loin ; la foudre qui serépercute de nuage en nuage ne produit point un pareil fracas.On dirait que le monde s’écroule, et que la nature célèbre l’avè-nement d’un nouveau chaos. Çà et là, aux flancs des vagues bon-dissantes, se détachent des lambeaux de forêts sombres ; puis,par un contraste que je devrais appeler un défi, on voit surgir,au milieu même de ces vagues et comme portées entre leurs bras,de petites îles aux fleurs parfumées, aux bosquets peuplés dejoyeux oiseaux.
» Les cataractes de Trollhàtta couvrent un espace de près de2 kilomètres en longueur. Elles forment un groupe composé decinq branches : Gullô-Fallen, Toppô-Fallen, Stampestrôms-Fallen,IIclvetes-Fallen, Cottbergs-Strômmen. Toutes grondent ensembleet rivalisent de rapidité orageuse vers le même but ; la hauteurd’où elles tombent est de 44 mètres.
» Au milieu de cette gigantesque nature, l’imagination exaltéedes anciens peuples du Nord devait se sentir à l’aise. Aussi lescataractes de Trollhàtta sont-elles riches de ces créations mer-veilleuses, si familières au fantastique burin des légendes. Leurnom seul révèle une idée de magie : Trollhàtta veut dire terreurdes Troll ou des sorciers. C’est au bruit de leur tempête que les
fils d’Odin aimaient à croiser le fer.Nous prîmes le bateau
à vapeur qui venait de Gothenbourg, pour suivre définitivementla route directe de Stockholm . Quelle route merveilleuse ! Nousvoguons à toute vapeur sur le Wenern, ce lac vaste comme unemer. L’atmosphère est sereine : devant nous, une nappe uniecomme un miroir; derrière nous, un sillage argenté qui s’effacepou à peu.
» .Une montagne se dresse à l’horizon : c’est la montagne
de Kinnekulle, « la couronne de Suède » comme l’appellentles écrivains du pays. Elle a 800 pieds de haut et couvre unespace de près de 6 lieues. Sa forme est celle d’un cône, ouplutôt d’une vague immense qui se serait élevée, en un jour detempête, des profondeurs du Wenern, et qu’une puissance mys-