Buch 
L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
Entstehung
Seite
297
JPEG-Download
 

297

SUÈDE ET NORVÈGE .

térieuse aurait fixée tout à coup au rivage. La nature s’est plu ày répandre ses plus riches trésors. A mesure que nous en appro-chions, nous y voyions se déployer de superbes forêts, des prairiesverdoyantes, des jardins, des vergers, des champs d’épis presquemurs; puis, çà et là, suspendus à ses flancs, des chaumièressolitaires, de frais et joyeux villages, des églises au blancclocher.

» .Le Wettern est un des plus grands lacs de l’Europe : il

a 120 kilomètres de long et 22 de large. Les anciens Scandinaves,qui se plaisaient aux comparaisons, lui trouvaient la forme d’unsaumon. C’est, en effet, sous cette forme qu’il apparaît dessinésur les cartes. On l’appelait aussi, mais sans qu’on ait pu direencore pourquoi, l’œil du Wenern. Le Wettern est certainementle lac du monde autour duquel se groupent le plus de traditionsfantastiques. Sa profondeur a été longtemps un problème. Quandon interrogeait sur ce sujet les paysans qui peuplent ses rives,ils vous répondaient d’un ton mystérieux que le lac, entendantun jour cette question, avait ainsi répondu lui-même : « Yeux-tuconnaître ma profondeur? mesure ma longueur. » Ils s’entenaient à cet oracle, et ce qui semblait autoriser leur supersti-tion, c’est que les tentatives faites à diverses époques pour me-surer la profondeur du lac avaient toujours échoué. Ces tenta-tives, d’ailleurs, avaient été, de la part de la nymphe protectricedu Wettern, l’objet de plus d’un malin tour. Ainsi, il était arrivésouvent qu’une hache ou tout autre instrument pesant attachésà la corde que l’on jetait dans ses eaux s’étant perdus, les son-deurs avaient ramené à la place, soit un crâne de cheval, soitquelque vieux débris plus singulier encore. Chose surprenante !la terreur qu’inspirait la nymphe du Wettern dura si longtemps,qu’il y a quelques années seulement, le gouvernement ayantrésolu d’en finir avec le sondage du lac, aucun des paysans ri-verains ne voulut s’en charger. Les prêtres eurent alors l’idée dedonner à ceux d’entre eux qui consentiraient à s’enrôler un sauf-conduit contre la vengeance de la déesse. Cette invention réussit :l’entreprise fut conduite à bonne fin. Il fut constaté que la plusgrande profondeur du Wettern était d’environ 420 pieds.

» Le lac Wettern ne gèle entièrement que deux fois au plustous les dix ans ; même alors, il est fort dangereux de s’y aventu-rer. Quelque solides que paraissent ou que soient ses glaces, iln’est pas rare qu’elles se brisent tout à coup, ouvrant un abîmeinévitable sous les pas des imprudents qui les affrontent. Ces ter-