330 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,
quitte le port et va, aux confins de la mer libre, épier le mo-ment de s’élancer, parmi les blocs de glace fondante, à lapoursuite du phoque et de la baleine. On conçoit les périls mul-tiples d’un pareil métier ; aussi n’est-il pas difficile d’admettrela réputation d’adresse et d’audace qui caractérise la marined’Hammerfest.
» Ce port n’est pas seulement un comptoir de pèche, c’estencore le principal entrepôt du commerce entre les côtes septen-trionales de la Russie et de la Norvège . A notre arrivée, la radeétait couverte de gros trois-mâts, aux formes courtes et pesantes,aux voiles noires et rapiécées. Ce sont les « lodie » d’Arkhangelqui fournissent de blé, au grand désespoir du gouvernementScandinave, tous les marchés de la Norvège septentrionale.Quelques sloops anglais ou norvégiens, deux yachts de plaisance,une chaloupe cuirassée aux couleurs suédoises, les deux stea-mers, fraternellement ancrés côte à côte pour faciliter leuréchange de passagers et de marchandises, enfin les barques quisillonnaient le port, et la foule affairée qui circulait dans l’u-nique rue de la ville, formaient à nos yeux un tableau pleind’originalité et d’animation...
» Bodô , où nous nous réveillâmes dans la matinée du 19,est le chef-lieu du Nordland , la dernière province qu’on puisseranger, avec les districts du Finmark , sous la dénomination deLaponie norvégienne . Son emplacement est des plus pittoresques,à l’entrée du Saltenfjord, sousles escarpements du Blaamandfjeld.Là, domine à sept mille pieds la plus haute cime de l'extrêmeNord, la blanche Sulitjelma, dont les glaciers descendent jusquesur les bords solitaires du Torne-trask, dans les plaines du Lule-Lapmark supérieur. C’est ici que la grande chaîne se rapprochele plus des côtes occidentales ; c’est également ici qu’elle étaleses contreforts les plus abrupts et les plus sinistres, pareils à ungigantesque entassement de fortifications ruinées, avec ses tourssourcilleuses et ses remparts ébréchés 1 .
1. Le docteur allemand Lorentz a fait, en 1868, l’ascension du Soulitelma,montagne célèbre et peu connue, dit-il. On arrive par les cours d’eau, les lacs etles cascades jusqu’au pied. Les paysages sont pittoresques et grandioses ; deschamps de neige tombent des elfs blancs d’écume. Le Soulitelma se termine pardeux pointes, entre lesquelles s’allonge une arête de glacier. Au nord-ouests’élève le Blaamanden, grande cime neigeuse d’une éclatante blancheur, qu’ondistingue nettement de Bodo. Les fjelds ou hautes plaines des environs sont so-litaires. « Ces flelds partent du rivage et montent en molles ondulations, suivant» l’inclinaison des terrasses. Tant que la foret monte avec eux, elle trace sur les