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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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322 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

à la fin triomphèrent. En 1648, à Munster, l’Europe reconnut formellementl'indépendance de la Suisse. Les Suisses continuèrent à se mettre commesoldats au service des cours; plus de 25000 combattirent dans les arméesde Louis XIV. Cette amitié se refroidit en 1685 quand les calvinistes fran-çais proscrits, au nombre de 60000, vinrent chercher un refuge dans lescantons de l'ouest et apprirent aux Suisses à cultiver la vigne, à tisser lelin, le coton, la soie, à fabriquer la mousseline et à haïr la politique dugrand Roi.

Au dix-huitième siècle, des rivalités éclatèrent dans les villes entre lesclasses, bourgeois privilégiés et détenteurs du pouvoir, bourgeois écartésdes affaires, "artisans privés du droit de sijffrage. Le major Davel, deLausanne (1123), qui voulait affranchir le pays de’Vaud de la tyrannie bernoise ; Ilenzi, de Berne , qui conspirait contre les patriciens de sa villenatale (1149), furent livrés au bourreau.

Le mouvement philosophique du dix-huitième siècle, qui avait en France son principal foyer, gagna rapidement la Suisse : Rousseau était deGenève; les presses des villes suisses répandaient partout les ouvragesproscrits à Paris . En 1190, les partis opprimés s’unirent contre les oligar-chies; le club Helvétique prépara une révolution; Lausanne célébra le14 juillet; les Etats de Vaud proclamèrent la République Lémanique, et legénéral français Brune occupa Berne. L’antique confédération helvétique ,composée d’Etats isolés, que n’avait pas réunis l’idée de la patrie commune,fut dissoute, le Directoire imposa par la force aux cantons une constitutionrépublicaine unitaire et un gouvernement central, dont le siège fut Aarau ,puis Berne . Les résistances continuèrent jusqu'au traité de Lunéville quireconnut à la Suisse le droit de choisir la forme de son gouvernement (1801).Les fédéralistes firent aux unitaires une guerre nouvelle; le premier consulles désarma, et imposa aux deux partis par Y Acte de médiation uneconstitution mixte. Le nombre des cantons était porté à dix-neuf parl’adjonction d’Argovie, Thurgovie, Vaud, Tessin, Saint-Gall ,Grisons ; il fut de vingt-deux, en 1815, parcelle du Valais, de Neu-châtel et de Genève . Le congrès de Vienne, en 1815, maintint l’inté-grité des cantons, et confirma leur neutralité. Une diète, réunie à Zurich ,élabora une nouvelle constitution sous le nom de pacte fédéral , qui renditan patricial une partie de ses privilèges, et laissa à chaque canton une indé-pendance presque complète. Après 1830, sept cantons formèrent une liguepour la révision du pacte fédéral ; mais le parti réactionnaire et le partiradical firent échouer le projet. En 1841, les cantons catholiques, aidéspar les envois d’armes et d’argent de Metternich , et encouragés par leministre français Guizot , se groupèrent dans la ligue du Sonderbund ettentèrent de former un Etat à part. La diète envoya contre eux le généralDufour , qui, en moins d’un mois, repoussa les insurgés et les obligea à faireleur soumission; la nouvelle constitution fédérale, votée le 12 sep-tembre 1848, et quelque peu modifiée en 1814, a laissé aux vingt-deux can-tons une part de souveraineté, mais en resserrant les liens de la fédé-ration et en remettant à une autorité centrale le soin des affaires étrangères,la législation générale, l’administration de l’armée, de la monnaie et despostes. Cette centralisation maintient l'unité de ce vaillant petit peuple quela diversité des races, des langues et des religions a pu diviser, mais quel’amour de la liberté, le désir de l’indépendance et un patriotisme ardentramènent sous une loi commune, en dépit des nationalités, des idiomes etdes croyances.

Constitution. — La Suisse est une république fédérative (en vertu