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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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SUISSE . 321

tuelle, qui fut comme le noyau de la future confédération. Frédémc leBead d’Autriche les mit au ban de l’Empire, et son frère, Léopold, essayad’envahir leur pays : mais au défilé de Morgarten, près du lac d’Egeri, lesThermopyles suisses , l’armée ducale fut écrasée par les montagnards (1315).Les vainqueurs renouvelèrent leur ligue à Brunnen , et, l’année suivante,Louis de Bavière confirma leurs privilèges ; la maison d'Autriche elle-mêmene revendiqua plus sur leur territoire que ses droits patrimoniaux, et d'ail-leurs ne les recouvra jamais : chacun des cantons émancipés conserva sonautonomie particulière, tout en restant fidèle à l’association de Brunnen .Aux trois cantons forestiers se réunirent : Lucerne en 1332, Zurich en 1331, Zug et Glaris en 1352, Berne en 1333. Les forces de la confédéra-tion étaient doublées : la chevalerie souabe , conduite par le duc Léopoldle Preux, fut de nouveau battue à Sempach (1386) ; deux ans après, lesbaillis ducaux étaient mis en déroute sur le champ de bataille de Nœfels :« onze bornes rappellent encore aujourd’hui les onze attaques autri-chiennes successivement repoussées par l’héroïsme de quelques centainesde montagnards. » (Himly.) Les Habsbourg s'avouèrent vaincus etsignèrent une paix de vingt ans avec les confédérés.

Les cantons passèrent alors de la défensive à i’at,taque : ils conquirentl’Argovie et la Thurgovie. Mais la guerre éclata entre Zurich et Schwytz ausujet de la succession du comte de Toggenbourg (1436); les Zuricoisbattus sollicitèrent le secours des Autrichiens et leur ouvrirent les portesde leur ville ; le dauphin de France , Louis, leur amena les Grandes compa-gnies et vainquit les confédérés à Saint-Jacques (1444). Après la paix (1450),Zurich reprit la direction des cantons réconciliés, et Schwytz garda l’honneurde donner son nom à la fédération elle-même (Suisse). L’Autriche renonçaà la lutte, accepta les usurpations commises et reconnut l’indépendance déscantons; Louis XI, qui avait éprouvé la valeur des Suisses à Saint-Jacques,conclut avec eux une alliance, prit leurs mercenaires à sa solde et lesbrouilla avec Charles le Téméraire , qui trois fois se fit battre par eux àGranson, à Morat et à Nancy (1476-77). « Dès lors réputés les meilleurs» fantassins de l'Europe , ils eurent le choix parmi tous les princes pour» vendre leurs services militaires; servirent tour à tour ou même simul-» tanément la France , les Sforza, le Pape, l’Empereur, firent et défirent» pendant un quart de siècle les ducs de Milan ; jusqu'à ce que, dégoûtés» de la grande guerre par leurs défaites successives de Marignan, de la» Bicoque et de Pavie, ils se retirassent de la lice en tant que corps de» nation, tout en laissant subsister les capitulations qui autorisaient la» France et d’autres puissances à recruter chez eux des régiments de mer-» cenaires, »

Pendant les guerres bourguignonnes et italiennes, le nombre des cantonsconfédérés, qui ne cessaient pas d'étendre leurs frontières aux dépens dela maison d’Autriche ou des seigneuries féodales, fut porté de huit à treizepar l’accession de Soleure et Fribourg (1481), de Bâle et Schaf-fhouse (1501), d’Appenzell (1513). La république des treize cantonsfut alors constituée, et resta telle pendant trois siècles. Les bourgeois deBerne ( Messieurs de Berne), qui avaient mis un ours dans leurs armoiries,continuèrent avec ardeur leurs acquisitions et leurs conquêtes, et s’enri-chirent des dépouilles des maisons de Habsbourg et de Savoie . La réformereligieuse provoqua dans les cantons une agitation profonde et un schisme ;le réformateur Zwingle fut vaincu et tué à Cappel (1531), mais la Suisse se divisa en cantons catholiques et cantons protestants; deux fois en 1656et 1712, les dissidences religieuses ranimèrent la lutte; les protestants