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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
2° EXTRAITS ET ANALYSES
lies excursions alpestres.
« II fut un temps, et ce temps n’est pas loin de nous, où lesmontagnes étaient regardées comme un objet d’aversion, d’hor-reur même, une œuvre laide, un mal. Les cartes les laissaienten blanc comme des déserts; les livres ne les nommaient qu’ac-compagnées des épithètes les plus effrayantes; la ville deGenève , si splendidement illuminée tous les soirs par les som-mets du Mont-Blanc , étincelants au coucher du soleil, n’y voyaitqu’un triste voisinage; les paysans des environs n’appelaientcette chaîne que les Monts-Maudits; partout les neiges et. lesglaciers étaient regardés comme la punition des crimes d’ancienshabitants, dont on racontait les sombres légendes aux veilléesd’hiver ; les rares voyageurs contraints de traverser les gorgesdésertes n’y voyaient que des abîmes sans fond et des antreshorribles, que leur imagination peuplait de monstres affreux etde brigands féroces.
» Au commencement du dix-huitième siècle, il y a à peinecent cinquante ans, un savant naturaliste et intrépide voyageur,J.-F. Scheuchzer, publiait un grand ouvrage scientifique en4 vol. in-4°, sur ses voyages dans les montagnes, intitulé :Itinera per Ilelvetiæ Alpinas regiones. Parmi les figures de l’ou-vrage, on voit des dragons ailés, des serpents à tête de lion, deshydres à plusieurs têtes, et les antres qu’ils habitaient; l’auteur,qui parait de bonne foi dans ses reproductions de trop naïvesnarrations locales, était cru sur parole, et passait pour un pro-dige de courage.
» En 1741, deux Anglais , Pocock et Windham, firent uneexpédition à Chamonix, alors pauvre petit village de Savoie ignoré comme tant d’autres et dont les honnêtes habitantsn’avaient jamais reçu d’autres étrangers que les bénédictins deleur prieuré, et leurs évêques d’Annecy en tournée pastorale. NosAnglais y arrivèrent armés jusqu’aux dents, campant sous destentes, tenant des feux allumés, et des domestiques en sentinellependant la nuit, comme ils eussent fait chez les Mohicans ou lesAlfouroux; ils revinrent à Genève triomphants, comme s’ilsavaient découvert un pays nouveau.
» Il fallait pour détruire les vieux préjugés, pour étudier,