336 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,n’ayant rien vu, rien retenu, si ce n’est le détail des cigares decontrebande ou des plats de la table d’hôte.
n ... Toutefois la mode est changeante, les montées fatiguentles complexions délicates, et le climat des hauteurs défraîchitles toilettes : trois bonnes raisons pour que les voyageurs qui nevenaient que pour se faire voir, aient promptement cédé la placeù. ceux qui viennent pour voir. La première invasion a eu mêmecet excellent côté, qu’elle a frayé le chemin, qu’elle a fait naîtredes facilités matérielles de déplacement inconnues autrefois. Lesmoyens de locomotion se sont multipliés ; les compagnies dechemins de fer ont créé des billets de circulation, les populationsdes montagnes attendent les étrangers, et s’occupent, pendant lamauvaise saison, à leur préparer une bonne réception, à réparerles chemins, à organiser les transports, à bâtir et à approvi-sionner des hôtels et des pensions. Ces services se payeront, c’estvrai ; mais dans la montagne, il restera toujours quelque chosede l’hospitalité antique : au service matériel payé, le vrai mon-tagnard, s’il n’a pas à faire à la morgue hautaine d’un Anglais ou à la sotte fatuité d’un parvenu ignorant, tient à honneurd’ajouter l’affabilité et la cordialité, qui ne se payent pas. » —(Albert Dupaigne 1 , les Montagnes, introd. 1877, in-8°, carteset illustrations ; Tours, Marne ).
Les excursions en montagnes sont devenues aujourd'hui un précieux etpuissant moyen d’éducation. De là le grand nombre de jeunes gens quel’on compte parmi les touristes pendant les mois de vacances scolaires; lesuns viennent en compagnie de leurs familles, les autres forment entre euxune association avec itinéraire et programme tracés d’avance et ponctuel-lement suivis. Le Club Alpin français , reprenant pour son compte l'excel-lente coutume de Toplîer, a remis en usage les « voyages en zigzag » eninstituant dans la plupart de ses sections les caravanes scolaires.
On ne saurait trop encourager cette idée féconde, si profitable à la santédu corps et de l'Ame , si propre à fortifier et à développer au grand air eten pleine nature des études commencées dans les livres et les leçons desclasses. « La montagne, dit encore M. Dupaigne, est saine pour lé corps,» saine pour l’esprit, saine pour le cœur. Le corps y prend 1 habitude de la» lutte, condition de la santé; l'esprit y voit et y conçoit la vraie grandeur ;» le cœur y sent indispensables la charité et l'esprit dè famille ; il comprend» comment les peuples peuvent rester honnêtes et libres. A la montagne,» il n’y a pas dWants gâtés 2 . »
1. Le beau livre de M. Dupaigne, qui a été couronné par l’Académie française ,étudie la montagne sous toutes ses formes et dans l’infinie variété de ses aspects,et sait la faire comprendre et aimer.
2. « La santé, la vigueur, l'cncrgie, la science et ses richesses se trouvent dans» la montagne; les querelles de toute sorte, politiques ou religieuses, se râpe-