c’est-à-dire les voyageurs de plaisir, venus pour faire un tourdans les montagnes.
» Malheureusement la mode, souveraine maîtresse des gensqui n’ont rien à faire, s’en est mêlée. Une excursion en pays demontagnes, avec le long bâton ferré, le voile bleu au chapeaupour les neiges, les longues guêtres, le sac, la gourde, etc, quelexcellent prétexte à costume ! Le succès ne s’est pas fait attendre-,les réclames des journaux et les efforts industriels intéressés ontaccru le nombre des touristes au delà de toute espérance. Lesvillages destinés à servir de rendez-vous se sont ornés de casinos,de magasins de modes et de curiosités, de jardins anglais avecdes allées sablées comme cèlles du bois de Boulogne. Sousl’influence des habitudes luxueuses et des exigences des Anglais ,les auberges, jadis simples et honnêtes, se sont trouvées trans-formées en somptueux hôtels, groupant autour d’eux desbataillons de serviteurs en grande tenue, munis de chevaux deselle et de chaises à porteurs ‘. Et l’on a vu accourir eu foulevers les vallées à la mode les élégants des villes d’eaux, lesdésœuvrés, cherchant à tuer le temps entre la saison des bainsde mer et celles de la chasse, les bons bourgeois, qui rêvaientdes biftecks d’ours et autres merveilles racontées par AlexandreDumas .
» On en rencontre encore quelquefois, de ces voyageurs pourrire, qui semblent n’aller aux montagnes que pour pouvoir direqu’ils y ont été. Us parcourent en poste les vallées, profitant dola demi-heure du relais pour faire une ascension au belvédèrede l’hôtel, sur la colline, bien entendu avec les accessoiresobligés, bâton de montagne, voile bleu, guêtres, sac, etc.;fiers de l’effet qu’ils produisent sur les naturels du pays ; un jourde grand courage, ils montent au Rigi en chemin de fer, ou auMontanvers achevai, par un temps de brouillard, et s’estimentdes héros. On a fait pour eux des guides spéciaux très répandus,choisissant les curiosités et même les hôtels qui leur conviennent,lis en accomplissent fidèlement l’itinéraire, et s’en retournent,n’ayant rien compris des splendeurs étalées sous leurs yeux,
1. Il est curieux de lire dan9 les Voyages et les Nouveaux Voyages en zigzagde Topffer accomplis vers 1810, quelles difficultés rencontraient les touristes quiescaladaient alors les montagnes. On peut comparer l’ordinaire des aubergesmisérables où la troupe genevoise trouvait à bon marché, il est vrai, pauvre
f fite et maigre pitance, au luxe coûteux des splendides hôtels d’aujourd'hui et àeurs raffinements culinaires.