342 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
» Le Cervin est sans contredit la montagne la plus extraordi-naire des Alpes , et peut-être du monde entier. Cet immenseobélisque de pierres se dresse, à une altitude de 4402 mètres, àl’extrémité occidentale de la vallée de Zermatt , entre la puissantechaîne du Mont-Rose à l’est, la Dent d’Hérens (4 180 [mètres)et la Tète Blanche (3750 mètres) à l’ouest, et la Dent Blanche(4 364 mètres) au nord. Il domine presque à pic de 1600à 1 700 mètres les glaciers qui entourent sa base. »
Eu 1858, des guides et des chasseurs de Val-Tournanche avaient tentél’escalade, et atteint la cheminée, située à 3860 mètres d’altitude ; en 1860,des touristes de Liverpool, sans guides, avaient reculé devant l'ouragan ;et Tyndall lui-même avait dû s’arrêter à 100 mètres an-dessus de la che-minée; les tentatives continuèrent en 1861 et 1862; un audacieux Anglais de Leeds essaya même, sans succès, l’ascension du Cervin en plein hiver ;M. Whymper vint à son tour, et à trois reprises, malgré le concours deguides éprouvés et les préparatifs les plus minutieux, ne monta pas plushaut que la fameuse cheminée, et redescendit au Breuil d’où il était parti,vaincu, mais non découragé.
« Trois fois, dit-il, j’avais tenté d’escalader cette montagne,et trois fois j’avais échoué ignominieusement. Je n’avais pasdépassé d’un mètre la limite atteinte par mes prédécesseurs.Jusqu’à une altitude d’environ 4 000 mètres, il n’y avait pas dedifficultés extraordinaires; la montée pouvait être regardéecomme une partie de plaisir. Il ne restait donc que 500 mètres àescalader ; mais aucun pied humain ne s’y était jamais aventuré,et ils pouvaient présenter les plus formidables obstacles. Un
homme seul ne pouvait pas songer à atteindre le sommet.
Pour franchir certains mauvais pas, il fallait être au moinstrois ; Carrel disait quatre. Mais où les trouver, ces deux outrois guides nécessaires? La plus grande difficulté n’était pas lamontagne, c’était le manque d’hommes. »
M. Whvmper ne trouva pas tout d’abord à Zermatt les compagnons dontil avait besoin ; il résolut, en attendant l’occasion favorable, ae chercher lechemin d’accès du mont inexpugnable. Seul, après avoir passé la nuitsur la montagne, il put s'élever jusqu’au pied de la Grande-Tour, à l’endroitle plus haut qui eût été encore atteint. « La Grande-Tour est, dit-il, une» des curiosités de la chaîne du Cervin . Elle a l’apparence d’un donjon» construit à l’un des angles d’un château fort. Vue du col Saint-Théodule,» elle semble un contrefort insignifiant; mais, à mesure que l’on s’en» approche, elle prend une plus grande importance, et, quand on est par-» venu à sa base, elle cache entièrement les parties supérieures de la mon-» tagne. J’y trouvai, pour la tente, une place convenable, qui, quoique