M. Dupaigue (Les Montagnes , p. 574) cite comme exemples les trois pro-fessions de bûcheron, de flotteur et de faucheur :
« Les bûcherons sont surtout les Tessinois ; il faut, pour ce métier dan-gereux, le froid courage du Suisse , uni à l’ingéniosité et à la vivacité del’Italien. Muni de crampons à ses souliers, le bûcheron ou tagliatoregrimpe aux arbres comme un singe, et manie la hache avec une dextéritéinouïe. Souvent, suspendu à une corde par la ceinture, il s’attaque à un deces sapins poussés le long des parois verticales, qu’on croirait inacces-sibles; il coupe toutes les branches, enlève ce qui pourrait gêner la chute,puis scie le tronc et le pousse du pied sous lui dans l’abîme.
» Les borratori, camarades et compatriotes des tagliatori , sont chargésde débiter le bois et de'l’amcner au bas des pentes, jusqu’à la rivière, cequ’ils font en construisant des glissières ou seguende en bois, étonnantset audacieux viaducs ou aqueducs, dans lesquels ils facilitent le glissementdes bûches en hiver par un vernis de glace, en été par un courant d’eau.Puis, perchés sur ces échafaudages géants, ils aident avec une gaffe leglissement rapide des troncs qui franchissent des lieues entières en quelquesminutes.
» Lorsque les troncs sont arrivés dans le torrent, commence la besognedes flotteurs qui, au besoin, suspendus à des cordes, dans d’affreusesgorges entièrement remplies par le torrent, surveillent, la gaffe en main,le passage des bûches et, au risque d’ètre écrasés par les éboulements,empêchent tout arrêt et tout encombrement. — Il y a dans la montagne unplus rude métier encore, c’est celui de ces « pauvres faucheurs qui vont,» comme dit Schiller, récolter l’herbe sauvage sur les rochers à pic, le» long des précipices, là où les bestiaux n’osent pas se hasarder. » C’estbien au-dessus des pâturages communaux, tout contre les neiges, que lefaucheur, armé d’une faux, de crampons et d’un grand filet, va, au milieud’août, risquer à chaque instant sa vie pour le prix de quelques bottes dece foin aromatique. C’est la bonne saison des pauvres journaliers, quiinitient dès le bas-âge leurs enfants à ce dangereux métier, et leur appren-nent qu’il ne doit rien y avoir de perdu à la montagne. »
« De toutes les sommités des Alpes Suisses qui n’avaient jamaisété foulées par un pied humain, le Cervin au Matterhorn étaitcelle que M. Edouard Whymper désirait le plus ardemmentescalader. Cette ascension, souvent entreprise par les guidesles plus habiles et par les touristes les plus hardis, avait tou-jours échoué. Elle offrait, il faut l’avouer, des difficultés presqueinsurmontables. Ce fut seulement à la huitième tentative queM. Whymper eut tout à la fois la satisfaction et la douleur deréussir. Son succès, qui l’ignore? fut chèrement payé. Le meilleurguide des Alpes et trois des compagnons de M. Whymper , tom-bèrent, à la descente, de plus de 1000 mètres, sur le glacierdu Cervin .