348 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
cliés à la même corde. Au tournant d'un rocher, tout à coup Iladow, quimarchait le second, fit un faux pas, tomba sur Croz, et le renversa.
» J’entendis Croz pousser un cri d’alarme et presqu’au mômemoment je les vis glisser tous deux avec une rapidité effrayante ;l’instant d’après, Hudson se trouva entraîné à leur suite, ainsique lord Douglas. Tout ceci se passa avec la vitesse de l’éclair.A peine le vieux Pierre et moi eûmes-nous entendu l’exclama-tion que nous nous cramponnâmes de toutes nos forces aurocher; la corde, subitement tendue, nous imprima une vio-lente secousse. Nous tînmes bon ; mais par malheur elle serompit à demi-distance entre Taugwalder et lord Francis Dou-glas. Pendant quelques secondes nous pûmes voir nos infor-tunés compagnons glisser sur le dos avec une vitesse vertigi-neuse, les mains étendues pour tâcher de sauver leur vie en secramponnant à quelque saillie du rocher. Ils disparurent un àun à nos yeux sans avoir reçu la moindre blesssure et roulè-rent d’abîme en abîme jusque sur le glacier du Cervin ,à 1 200 mètres au-dessous de nous. Du moment où la cordes’était brisée, nous ne pouvions plus les secourir.
» Ainsi périrent nos malheureux compagnons ! Nous restâmesimmobiles pendant plus d’une demi-heure, osant à peine res-pirer. Paralysés par la terreur, les deux guides pleuraient commedes enfants et tremblaient tellement que nous étions menacés àtout instant de partager le sort de nos amis. Le vieillard finit parse remettre et s’approcha d’un rocher auquel il parvint à atta-cher une corde; le jeune guide se décida alors à descendre etnous nous trouvâmes réunis tous trois. Je demandai alorsimmédiatement la corde qui s’était rompue et je m’aperçusavec une profonde surprise, que dis-je? avec horreur, que cettecorde maudite était la plus faible des trois. Elle n’aurait dûjamais être employée au service qu’elle avait fait, et n’avaitpas été apportée dans ce but.
» Pendant les deux heures qui suivirent je crus à chaque mi-nute toucher à mon dernier moment; non seulement les Taug-walder, entièrement énervés, étaient incapables de me prêter lamoindre assistance, mais ils avaient tellement perdu la tètequ’à chaque pas je craignais de les voir glisser. Nous finîmespar faire ce qui eût dû être fait dès le commencement de ladescente, c’est-à-dire par fixer des cordes aux rochers les plussolides pour aider notre marche, quelques-unes de ces cordes