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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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SUISSE . 349

furent coupées et abandonnées. Nous restâmes en outre attachésl’un à l’autre. Les guides terrifiés n’osaient presque pas avancer,même avec ce secours supplémentaire ; le vieux Pierre se tournavers moi à plusieurs reprises, me répétant avec emphase, laligure blême et tremblant de tous ses membres : Je ne puis pas.'

».Vers six heures du soir, nous arrivâmes à la neige sur

l’arête qui descend vers Zermatt , et nous fûmes dès lors à l’abride tout danger. Nous fîmes souvent de vaines tentatives pourdécouvrir quelques traces de nos infortunés compagnons; penchéspar-dessus l’arête, nous les appelâmes de toute nos forces ;aucune voix ne nous répondit. Convaincus à la fin qu’ils étaienthors de la portée de la vue et du son, nous cessâmes d’inutilesefforts. La nuit vint; pendant une heure nous continuâmes àdescendre dans l’obscurité. A neuf heures et demie, nous trou-vâmes une espèce d’abri où nous passâmes six mortelles heures,sur une misérable dalle à peine assez large pour pouvoir nousétendre tous les trois. Dès l’aube, nous nous remîmes en route;nous descendîmes en courant de l’arête du Hôrnli au chalet deBuhl, et de là à Zermatt . Seiler, que je trouvai à sa porte, me sui-vit en silence dans ma chambre. »— « Qu’est-il donc arrivé, mon-sieur? me demanda-t-il. —Je suis revenu avec les Taugwalder. »

» Il me comprit et se mit à fondre en larmes, puis, sansperdre un instant en lamentations inutiles, il courut réveillertout le village. En peu de temps une vingtaine d’hommes étaientrassemblés pour monter sur les hauteurs du Holiliclit, au-dessusdu Calbermatt et de Z’Mutt, hauteurs qui commandaient leglacier du Cervin . Six heures après, ils étaient de retour, nousapprenant qu’ils avaient aperçu les corps de nos malheureuxamis, gisant immobiles sur la neige. C’était le samedi; ilsnous proposèrent donc de partir le dimanche soir, de manière àatteindre le plateau du glacier le lundi au petit jour.

» Nous partîmes le dimanche 16, à deux heures du ma-tin, et nous suivîmes jusqu’au Hôrnli la même route quenous avions prise le jeudi précédent. De là nous descendîmes àdroite de l’arête, puis nous montâmes à travers les séracs duglacier du Cervin . A huit heures trente minutes, nous étionsarrivés sur le plateau supérieur du glacier du Cervin , en vue del’endroit fatal où devaient se trouver les restes de nos infortunéscompagnons. Chaque guide prit à son tour le télescope et lepassa en silence à son voisin, le visage couvert d’une pâleurlivide. Tout espoir était perdu. Nous approchâmes. Ils gisaient