370 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
de Saint-Pierre dessinent au loin leur noire silhouette : aux alen-tours de Genève se déroulent en festons les plus aimables cam-pagnes de l’Helvétie. Le grand miroir du lac, l’azur du Rhône ,renvoient une lumière éblouissante; c’est une fête de la nature.Genève est le dernier effort de la civilisation suisse , son posteavancé vers le sud; c’est le lieu où les traditions de liberté hel-vétique ont trouvé leur formule, la ville du droit populaire.Siège d’une démocratie orageuse, elle est placée au carrefour dela contrée romande, au nœud des routes entre la Savoie , laBourgogne et l’Italie . Cette position en a fait le centre du com-merce et de l’industrie, l’intermédiaire de la contrée du Léman avee l’étranger ; tout y passe, l’activité y est sollicitée dans lessens les plus divers. Une longue possession de la liberté, lesdécouvertes de ses savants, l’éloquence de ses écrivains ontporté au loin sa réputation, et, dans les contrées étrangères, sonnom a prévalu pour désigner le lac sur l’appellation plus antiqueel plus locale de lac Léman .
» ... Genève n’occupe pas le site le plus grandiose de lacontrée romande, et les rives de Vevey et de Lausanne ont plus demajesté ; la ville surgit à l’extrémité du petit lac, au foyer d’uncarrefour formé par les premiers gradins des Alpes et par lahaute crête du Jura . Par un piquant contraste, cette ville, à ladestinée si sévère, occupe un des lieux les plus aimables de laSuisse : autour de ses murs, tout est mouvement et grâce ; la vueplonge sur des campagnes boisées, coupées de coteaux auxlignes flexibles, semées de villas ombreuses, de parterres defleurs, de bosquets, de pelouses, de vergers; ici baignés par lavague azurée du lac, là fuyant en molles ondulations vers lesAlpes neigeuses de la Savoie .
» Le Rhône , violent et inégal dans son cours supérieur, sort dulac sous les murs de Genève , à flots rapides, mais réglés ; scseaux ont la limpidité du cristal de roche ; le bleu du ciel lescolore du plus bel azur ; d’autres fois ce sont des tons glauquesou ardoisés, parfois un bleu profond ou un vert intense. Sesflots baignent deux petites îles : l’une noire, pressée, couverte dehautes et sombres maisons; l’autre plantée de bosquetset ombragée par de hauts peupliers qui projettent leur paisible
feuillage sur la statue de Jean-Jacques Rousseau.Le Rhône
coupe la ville en deux tronçons inégaux. Le quartier de Saint-Gervais , placé sur la rive droite, ne fut longtemps qu’un fau-bourg; aujourd’hui il se couvre d’hôtels et de constructions