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de luxe. La rive gauche renferme la ville proprement dite,les édifices publics, les souvenirs. Vue du quai des Bergues, lacité génevoise s’étage sur le revers d’un plateau, abrupt versle lac, mais incliné doucement sur l’autre versant. L’étrangerquitte rarement la rive du lac; il affectionne ses quais monu-mentaux, ses larges ponts et les riants parterres disposés àfleur d’eau. Dans les beaux jours de fête, l’Europe y défile...
» Du jardin anglais, une verte pelouse, ornée de fleurs et debosquets odorants, la vue rase le miroir du lac dans la lon-gueur; à gauche, elle est arrêtée par la sombre tenture du Jura ,dont la crête tranchante et uniforme fait comme une longuemuraille; à fleur d’eau, si l’horizon est limpide, on entrevoitGoppet, Nyon ; plus loin la vue se perd dans un lointain vapo-reux. Sur la droite elle se repose sur le doux coteau de Cologny ,chargé de villas et de terrasses, revêtu de massifs de marronnierset d’ormes séculaires.
» ... En passant sur la vive droite, on voit le mont Blanc dresser sa triple cime de neiges immaculées derrière la grisemuraille rocheuse du petit Salève ; il envoie vers le nord unechaîne de pics et de dômes neigeux ; le Buet arrondi comme unecoupole et l’arête audacieuse de l’Aiguille verte se détachentnettement sur cette forêt de dents, de tours, de minarets, d’ai-guilles si pressés que l’œil se refuse à les dénombrer. Souvent,un manteau de vapeurs ou de lourds entassements de nuagesmasquent la grande chaîne. Entre elles et les premières mon-tagnes, et constamment visible, s’étage une chaîne intermé-diaire; ce sont les pentes rocheuses du Brezon et la chaîne tour-mentée et aride du mont Vergys. Leur âpre nudité fait ressortirles teintes veloutées des plans inférieurs tapissés d’une épaissecouche de noyers et de châtaigniers.
» Sur le premier plan, à gaucho du' petit Salève , le Môle,fiêre pyramide avec parois gazonnées, fait sentinelle à l’entréedu Faucigny ; plus à gauche, lesVoirons, recouverts de champs,de bois, de prés, infléchissent mollement leurs pentes vers lelac. A droite et à gauche du Môle, des vallées profondes plongentdans l’intérieur du Faucigny .
Avant 1830, les quartiers qui bordent le lac et le Rhône offraient unaspect hideux. « On y voyait des fortifications délabrées, de vieilles chaînes,» suspendues à des pieux à demi pourris,-des chantiers, des boucheries:» des masures caduques trempaient dans le Rhône leurs sordides mn-» railles. » Quelques années après, échoppes, remparts et arcades étaient