ALSACE-LORRAINE. 409
grande allée. On découvre de cet endroit les hauteurs couronnéesd’ouvrages formidables et le gracieux amphithéâtre des collinesde la Moselle 1 . Non ! la foule que j’ai vue prier et pleurer sur lesépulcre de nos soldats, neuf ans après leur mort héroïque, ne segermanisera pas... Il faut avoir connu Metz au temps de sa splen-deur avec son animation cemmerciale, sa société policée et si choi-sie, son école d’application d’artillerie, son lycée, pépinière d’offi-ciers de toutes armes, sa colonie de retraités des anciennes guerres,le joyeux va-et-vient de ses promenades, il faut l’avoir retrouvéemorne, désolée, déserte, silencieuse, pour juger dans toutes sesconséquences le crime de la conquête.
» L’esplanade, cette délicieuse promenade sous les arbres delaquelle la population tout entière venait s’asseoir et dont laterrasse domine de si haut la vallée de la Moselle, depuis lescoteaux de Novéant jusqu’au redoutable Saint-Quentin, est videaujourd’hui, le dimanche et les jours de fête, comme pendant lasemaine. C’est en vain que les musiques de la garnison viennents’y faire entendre. On y rencontre quelques officiers, quelquesfemmes d’employés allemands , quelques étrangers; les alléessont vides ; si par les beaux jours d’été, aux heures matinales,un habitant de Metz passe là avec ses fils, c’est pour s’accoudersur le parapet de pierre de la terrasse et leur montrer le pointde l’horizon où les collines s’abaissent à 20 kilomètres de la ville,vers Pagny, vers la terre restée française.
» Si le spleen règne à Metz , si l’étranger se sent envahi parla tristesse qu’on y lit sur tous les visages, ce n’est pas seulement
1. « Le monument porte sur sa face antérieure ces deux inscriptions, de la» simplicité la plus touchante : « 1870. Aux soldats français , morts sous ces» murs pour la patrie. — Les femmes de Metz à ceux qu’elles ont soignés. »
» La face droite, sur laquelle sont gravées ces dates : Borny, 14 août ; Gra-» velotte, 16 août ; Saint-Privat, 18 août, n’est revêtue que d’une plaque de» marbre, avec ces belles paroles de saint François de Sales : « Ils ont fini leurs» jours mortels en leur devoir et dans l’obligation de leurs serments. » Sur la» face gauche, on lit encore, au-dessous des inscriptions : « Sainte-Barbe,» 17 septembre; Peltre, 17 septembre; Ladonchamps, 7 octobre, » ce verset du» livre des Macchabées : « Malheur à moi! Fallait-il naître pour voir la ruine» de mon peuple, la ruine de la cité, et pour demeurer au milieu à!elle pendant» qu’elle est livrée aux mains de l’ennemi! » La quatrième face porte : « A la« mémoire de 7103 soldats français , morts aux ambulances de Metz , » et cet>» autre extrait du livre des Macchabées : « Nous les avons aimés dans leurs souf-v» [rances. Que notre compassion les suive après leur mort. Ils moururent en lais-■» sant à toute la nation un grand exemple d’intrépidité et de dévouement. »» Aux abords de ce monument, gage du patriotisme messin , on aperçoit les» tombes d’un grand nombre d’ofûciers français tués dans les sorties pendant le» siège. » (G. Faucy.)