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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

l’armée de Russie, les Messins vivent dans le passé, fidèles àleurs vieux souvenirs de gloire, se mêlant le moins possible auxvainqueurs, attendant, comme Israël , dans le deuil et le recueil-lement, le temps fixé par les prophètes.

» J’ai dit que l’émigration en foule des premiers mois de laconquête avait entraîné un mouvement en sens contraire. Eneffet, toute la bohème d’outre-Rhin s’est abattue sur Metz . Il y adonc deux populations superposées, n’ayant aucun point decontact, vivant de leur vie propre, allant et venant sans jamaisse mêler, avec leurs habitudes particulières, leur langue, leursmœurs. Le lendemain de mon arrivée, un dimanche, la solda-tesque curieuse a pu voir une foule énorme se porter, dès lematin, à la cathédrale pour assister au service funèbre enl’honneur des victimes de la guerre de 1870 tombées sur leschamps de bataille autour de Metz . L’évêque, un patriote danstoute la force du terme, Mgr Dupont des Loges, présidait à cettetriste cérémonie. Au sortir de l’église, la population vêtue dedeuil s’est dirigée silencieuse vers le cimetière Chambière. Lesfemmes tenaient dans leurs mains des couronnes d’immortelleset des bouquets symboliques. Les couleurs nationales étantproscrites, on pouvait lire sur une haute oriflamme de crêpe noirces mots brodés en lettres d’argent par des doigts français :Aux enfants de la France morts pour la défense de la patrie. »

« Quel sombre recueillement ! Quelle lourde tristesse ! Queldeuil patriotique! Neuf années pourtant, neuf longues annéesse sont écoulées depuis l’heure fatale de la conquête, et lesLorraines ont encore des larmes à répandre. Ah ! celles-là ontélevé leurs fils dans l’idée du sacrifice suprême. L’avenir lestrouverafortes. «Lahaine, écrivait un Allemand , s’est accrue de» mois en mois, de semaine en semaine, de jour en jour. Les» parents disent à leurs enfants : « Détestez ces Prussiens,» retirez-vous de leur chemin, évitez-les tant que vous pourrez...» Vengez-nous d’eux le jour où la France se lèvera pour nous» affranchir de la servitude prussienne. » Le temps passera, lesgénérations se succéderont, et Metz restera la ville souffrante, lacité captive. Elle aura sans cesse les regards tournés vers l’aveniret continuera à appeler de tous ses vœux l’heure marquée par ledestin.

» Rien de simple et d’imposant à la fois comme le monumentélevé sur la tombe de ceux qui sont morts aux ambulances deMetz pendant le siège. Il s’élève au fond du cimetière, dans la