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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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ALLEMAGNE .

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Mayence à Bingen, comme de Kœnigswinter à Cologne , il y asept ou huit lieues de riches plaines vertes et riantes, avec debeaux villages heureux au bord de l’eau. Mais le grand encaisse-ment du Rhin commence à Bingen par le Rupertsberg et le Nie-derwald, deux montagnes de schiste et d’ardoise, et finit àKœnigswinter , au pied des Sept-Monts.

» Là, tout est beau. Les escarpements sombres des deux rivesse mirent dans les larges squames de l’eau. La roideur des pentesfait que la vigne est cultivée sur le Rhin de la même manièreque l’olivier sur les côtes de Provence . Partout où tombe le rayondu Midi, si le rocher fait une petite saillie, le paysan y porte, àbras, des sacs et des paniers de terre, et, dans cette terre, en Pro-vence il plante un olivier, et sur le Rhin il plante un cep. Puis ilcontrebutte son terrassement avec un mur de pierres sèches, quiretient la terre et laisse fuir les eaux. Ici, par surcroît de pré-caution, pour que les pluies n’entraînent pas la terre, le vigne-ron la couvre, comme un toit, avec les ardoises brisées de lamontagne. De cette façon, au sein des roches les plus abruptes,la vigne du Rhin , comme l’olivier de la Méditerranée, croît surdes espèces de consoles posées au-dessus de la tête du passantainsi que le pot de fleur d’une mansarde. Toutes les inclinaisonsdouces sont hérissées de ceps.

» D’en bas tous ces épaulements en pierres sèches qui sui-vent les mille ondulations du terrain en pente, et auxquels lescannelures du rocher donnent successivement presque toujoursla forme d’un croissant, surmontés de la frange verte des vignes,rattachés et comme accrochés aux saillies de la montagne parleurs deux bouts qui vont s’amincissant, figurent d’innombrablesguirlandes suspendues à la muraille austère du Rhin . A chaquetournant du fleuve se développe un groupe de maisons, cité oubourgade. Au-dessus de chaque groupe de maisons se dresse undonjon en ruine. Les villes et les villages, hérissés de pignons,de tourelles et de clochers, font de loin comme une flèche bar-belée à la pointe basse de la montagne...

» ... Du temps des Romains et des barbares, c’était la ruedes soldats. Au moyen âge, comme le fleuve presque entier étaitbordé d’Etats ecclésiastiques, et tenu, en quelque sorte, de sasource à son embouchure, par l’abbé de Saint-Gall , le prince-évêque de Constance, le prince-évêque de Bâle , le prince-évêquede Strasbourg , le prince-évêque de Spire, le prince-évêque deWorms, l’archevêque-électeur de Mayence , l’archevêque-électeur