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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
hordes barbares, toujours les mêmes aussi ; tantôt charrie paci-fiquement les sapins de la Murg et de Saint-Gall , les porphyreset la serpentine de Bâle, la potasse de Bingen , le sel de Karshall,les cuirs de Stromberg, le vif-argent de Landsberg, les vins deJohannisberg et de Bacharach , les ardoises de Caub, les saumonsd’Oberwesel, les cerises de Salzig, le charbon de bois de Boppard ,la vaisselle de fer-blanc de Coblentz, la verrerie de la Moselle ,les fers forgés de Bendorf, les tufs et les meules d’Andernach ,les tôles de Neuwied , les eaux minérales d’Antoninstein, les drapset les poteries de Wallendar, les vins rouges de l’Aar , le cuivreet le plomb de Linz , la pierre de taille de Kœnigsvvinter, leslaines et les soieries de Cologne ; et il accomplit majestueusement,à travers l’Europe, selon la volonté de Dieu , sa double fonctionde fleuve de la guerre et fleuve de la paix, ayant sans interruptionsur la double rangée de collines qui encaisse la plus notablepartie de son cours, d’un côté des chênes, de l’autre des vignes,c’est-à-dire d’un côté le Nord, de l’autre le Midi, d’un côté laforce, de l’autre la joie. » (Victor Hugo ', le Rhin, lettre 14.)
lia Forêt '.\oire et ses industries.
« La Forêt-Noire tire son nom des épaisses et sombres forêtsqui couvrent les flancs des montagnes. Leurs sommets les plusélevés sont humides, et pendant huit mois couverts de neige,mais en été ils présentent l’aspect le plus riant. Lorsqu’on apéniblement grimpé juscfu’à ces plateaux supérieurs, on estémerveillé de trouver de vertes prairies et des champs cultivés,au milieu desquels s’élèvent quelques maisons de bois en formede chalets et où paissent librement des troupeaux de chèvres etde vaches portant des clochettes retentissantes. Les habitants
1. Ce voyage sur le Rhin , raconté à un ami sous forme de lettres, date desannées 1838 et 1S39. Il a été publié pour la première fois vers l’époque où la ques-tion de la rive gauche du Rhin agitée de nouveau, faillit amener la guerre entre laFrance et l’Allemagne (18*0). Victor Hugo était parti pour « voir des arbres etle ciel ». Mais la rencontre du grand fleuve « le fit passer de la rêverie à la pen-sée. » Son œil de poète et de publiciste, comme il le dit, entrevit, « sous latransparence de ses flots, le passé et l’avenir de l’Europe . » Ces lettres n’ontguère vieilli : on y trouve sous l’éclat des descriptions, une pensée originale etprofonde, une moisson de souvenirs poétiques, beaucoup de patriotisme et degrandeur, et en même temps toute la bonne humeur et la verve que l’immortelécrivain a gardées pendant toute une longue vie jusqu’à son dernier jour. (1S02-1885.)