484 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
à deux ou trois pieds de distance, viennent s’appuyer sur cestraverses, et descendent en biais dans le lit de la rivière, enformant une espèce de râteau.
» A Hoerden, les bois sont repêchés et conduits dans les scie-ries. Là, ils sont coupés en planches de toute longueur et detoute dimension, puis ces planches sont réunies en radeaux, etdescendent la Mourg jusqu’à Steinmauron, et le Rhin jusqu’àSpire, Mayence et Cologne .
» La vallée de la Mourg ne fournit guère que des plancheset du bois de chauffage : les troncs de sapin sont coupés à lalongueur extrême de 15 à 20 pieds. Les grandes pièces de char-pente, les poutres aux dimensions colossales,sont mises à flot surla Kinzig, autre rivière du grand-duché de Bade , qui prend sasource sur le versant méridional du Kniebis, traverse la Forêt-Noire du nord au sud jusqu’à Schiltaeh, coule ensuite de l’està l’ouest, puis au nord à Offenbourg, et se jette dans le Rhin ,près de Kehl, vis-à-vis de Strasbourg .
» La Kinzig , étant plus large que la Mourg, permet de laisseraux troncs d’arbres toute leur longueur. Ses eaux amènent despoutres qui mesurent jusqu’à 80 et 100 pieds, et ce sont despièces de cette dimension qui ont servi aux pilotis du pont deservice établi pour la construction du pont du chemin de i'erqui, à Kehl, relie l’Allemagne à la France . Ces poutres ontcoûté de ISO à 200 francs rendues au pont.
» Arrivés à Offenbourg , ces immenses troncs d’arbres sontréunis en flotte, et c’est en flotte qu’ils descendent la chuted’eau de Willstedt, qui a 1S pieds de haut. D’ordinaire onplace dix à douze troncs d’arbres côte à côte et on les relie entreeux par d’énormes liens d’osier sec et tordu. On en ajoutebout à bout jusqu’à quinze, ce qui compose un train total quia parfois plus d’un kilomètre de longueur. Chaque train debois est muni de trois sabots qui servent à ralentir ou à arrêterla marche. Ce sont des poutres disposées de façon à basculer etet à racler à volonté le lit du fleuve. L’une est à l’avant, l’autreau milieu, la troisième, à l’arrière du train, c’est la plus impor-tante, car elle sert en même temps de gouvernail. Quatrehommes suffisent pour diriger la flotte.
» Les flotteurs du Rhin sont une forte race d’hommes, dursà la fatigue et accoutumés aux privations. Ils exercent leurpénible métier jusque dans un âge très avancé. A force de mar-cher sur les poutres rondes, ils finissent presque tous par avoir les