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« Les écluses des deux barrages devaient être ouvertes enmême temps au coup de huit heures. Déjà l’heure avait sonné,et le silence le plus profond régnait encore, lorsque tout à coupun brait sourd se fait entendre, pareil au grondement lointaindu tonnerre. Le bruit augmente, retentit, éclate enfin commedes décharges d’artillerie que répercutent tous les échos de lavallée. Au fond du ravin du Hundsbach apparaît un objet in-forme, un mur de bois qui s’avance avec fracas,'poussé parle flotéchappé du barrage. Les troncs de sapins et les bûches de bois sepressent, se heurtent, s’entrechoquent dans un étroit passageet bondissent par-dessus les rochers. Au même moment, un bruitplus terrible encore retentit au-dessus du pont, dans le lit rocail-leux du Schwartzenbach. Une avalanche de troncs d’arbres et debûches de bois vient se heurter contre l’arche du pont, quitremble sous ce choc épouvantable. Les sapins se dreësentcontre les parapets et retombent avec de sourds gémissements,les vagues furieuses s’élancent en mugissant, l’écume jaillitdans les airs, puis tout cet amas confus s’engouffre sous l’archedu pont, et tombe en cataracte massive d’une hauteur de vingtpieds, au fond du bassin formé par la réunion des deux tor-rents. Là s’établit une lutte corps à corps entre les pièces debois que charrient les deux courants contraires; les eaux bouil-lonnent, sifflent et tournoient en tourbillons gigantesques; desbandes d’écume‘déferlent sur les rives, les détonations se suc-cèdent sur tous les tons et coup sur coup; un nuage de pous-sière d’eau enveloppe le pont, et les rayons du soleil s’y ré-fractent avec toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. C’est vraimentlà un spectacle grandiose et incomparable.
» Cependant, au bout d’une demi-heure, les eaux se calmentpeu à peu, le bruit s’apaise, le lit des torrents est balayé, etles pièces de bois des hautes cimes, entraînées au fond de lavallée, flottent sur la Mourg, qui est devenue une rivière largeet impétueuse. Ses eaux soulèvent les troncs d’arbres amon-celés sur les rives, les entraînent pêle-mêle avec les bûchesde bois, en passant à Hilpertsau, à Obertsroth, à Gernsbach , ettoute cette masse de bois ne s’arrête qu’à une lieue en aval deGernsbach , à Ifoerden, où la société des marchands de boisflotteurs a fait établir un batardeau colossal, qui s’appelle lesAnes. C’est une énorme construction qui constitue un encais-sement composé de piliers en pierre de taille et en chêne, reliésentre eux par de fortes traverses. De longues poutres, placées
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