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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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488 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

sifs des moissons et des hameaux à perte de vue. Du fond desvallées seulement sortaient des forêts et des rochers. Mais au-dessus du plateau sans limites visibles, se dressaient des entas-sements de grès, de dimensions grandioses et de forme carrée etoblongue. L’imagination en eût fait volontiers des sarcophagesmonstrueux, disposés dans un cimetière de Titans et enveloppéspar l’ombre naissante comme par un crêpe funéraire. Plus prèsde moi, les flèches des pins, vues d'en haut, fourmillaient sousmon regard. L’abîme où mes pieds plongeaient n’était qu’uneagglomération ascendante et descendante de pointes aiguës.

» ... On peut à l’avance partager en deux classes les menuescuriosités qui méritent, sur la rive droite comme sur la rivegauche de l’Elbe, d’attirer le touriste au delà de la Bastei : lespoints de vue et les fonds de vallées. C’est vous dire que vousdescendrez sans cesse pour remonter de même. A Hockstein età Hohnstein , vous retrouverez à peu de chose près les mêmes

forêts et les mêmes sommets.Deux montagnes jumelles, le

grand et le petit Winterberg , passent pour les deux points culmi-nants sur cette rive. L’ascension n’en a aujourd’hui rien depénible; d’ailleurs de petits chevaux font le métier de porterles personnes peu ingambes. Le plus élevé des deux Winterberg ,les colosses de cette Suisse pour rire, n’est rien moins cependantqu’un mont de basalte, mais ce mont a le tort grave de porteren guise de couronne un bois de hêtres qui masque la vue.Le gouvernement saxon a heureusement fait élever une tour enplanches qui domine le bois de hêtres et bien autre chose encore.Il est fâcheux qu’il soit à peu près impossible de rester assezlongtemps sur cette tour pour y faire le dénombrement deshauteurs voisines ou lointaines et contempler un à un les massifsde rochers énormes qui émergent inopinément de forêts immenses.Les vents les plus taquins et les plus brusques dans leur violenceaccourent là de tous les points cardinaux à la fois...

» Quelque plaisir pourtant que je prenne à me rappeler toutce qui de ce point élevé se déroulait devant moi, je crois bien queles meilleurs de mes souvenirs sont restés attachés aux modesteset ravissantes vallées par où je devais passer pour atteindre leshauteurs. Je comprenais quelles délicates révélations la flore etla faune entomologique de ces aimables lieux eussent eu à mefaire si j’en avais été digne. Je voyais voltiger autour de moi desessaims d’insectes ailés, de libellules les plus frêles que j’aie ja-mais vues, des épingles vivantes avec deux folioles en guise d’ailes.