tourbillon pacifique de la vie intelligente dans la jeunesse libéralede l’Allemagne .
» Ce sont d’ordinaire de vieilles villes aux allures moyen âge,avec leur château fort, leurs maisons à deux ou trois étagessurplombant l’un sur l’autre, et leurs toits escarpés, percés devingt petites lucarnes. Les fossés des anciens remparts se sontcomblés et transformés en jardins verts. Des arbres géants lesrecouvrent, et le chemin de ronde est aujourd’hui une promenadeombragée. La vieille forteresse est découronnée, elle a perduses airs barbares ; elle n’est plus l’asile inaccessible du sei-gneur guerroyant et de ses gens d’armes ; elle est de-venue, comme à Tübingen , une bibliothèque, l’arsenal de lascience. N’allez pas croire, cependant, que la force armée soitdétruite : elle n’a fait que changer de siège et d’allure. Regardezdans la plaine, un peu en dehors de la petite ville, un immenseédifice, aux airs de palais et de forteresse tout ensemble : c’est lacaserne.
»... Certaines villes universitaires, Heidelberg , Gôttingen,par exemple, sont renommées pour la turbulence de leurs étu-diants. Le duel y est fréquent : on en compte plus de cent chaqueannée; il est entré dans les mœurs comme une habitude guer-rière, mais barbare. Les différends entre étudiants se règlent àla fin du semestre, avant le départ pour les vacances, Les der-nières semaines sont des semaines cîe sang. Le mercredi et levendredi, on voit, au point du jour, des voitures partir pourquelque village voisin, emmenant les champions et revenir, lesstores baissés, ramenant le blessé la tête enveloppée de lingeensanglanté. 11 est rare que la mensur ordinaire mette en dangerla vie des duellistes. Ils sont munis d’une cravate d’acier qui pro-tège le cou, et d’une toile métallique qui protège les yeux. Ils nemanient pas la rapière la pointe en avant pour percer l’ad-versaire , mais ils lui font décrire de vastes cercles à hauteurd’homme, de façon à frapper au crâne et à tailler les joues. Lenez est le point le plus menacé. Çourvu qu’il reste intact, lecombattant s’estime heureux. Si large que soit l’estafilade, elleest une beauté dont l’étudiant se glorifie. Il ne la dissimule pas,il la porte fièrement comme un signe de bravoure et la marqueauthentique qu’il a reçu le baptême de l’épée.
» Il y a deux types d’étudiants bien tranchés : le viveur etle laborieux. Le premier, bravache et duelliste à la mine martiale,avec la joue balafrée, à la petite casquette de couleur, sans visière,
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