521 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
rabaissée sur les yeux, s’en va fouettant l’air de sa badine, tou-jours accompagné de son chien-lion 1 ; le second, pauvre, économeet studieux, vêtu sans élégance, portant les cheveux longs, labarbe inculte, vit avec un franc cinquante centimes par jour : ilse lève de grand matin, assiste à cinq ou six leçons et mérite paison travail de devenir le disciple préféré d’un maître célèbre. Lepremier parle de ses aventures, de ses duels, de ses festins ; lesecond, de la science, de ses examens, de ses rêves. Il y a aussideux sortes de professeurs : l’un, taciturne, lit son journal et videsa chope gravement, sans rien dire ; l’autre continue, au restau-rant, devant un petit cercle de disciples, son cours de philosophie,d’arabe, de vieux français ou d’histoire. Quelques-uns vivent re-tirés dans une maison écartée ; on les voit passer chaque matin,à la même heure, par la même rue, allant à l’ufliversité, etchaque soir se promener, sous les grands arbres hospitaliers quisemblent plantés là exprès pour eux.
» ... Un beau matin, la ville s’anime, toutes les maisonssont pavoisées : de toutes les fenêtres sortent des bannières auxcouleurs diverses. L’étranger surpris se demande quel est le per-sonnage officiel qui va se montrer. Des voitures de gala tra-versent au grand galop les rues d’ordinaire tranquilles, empor-tant des étudiants sérieux et silencieuxcomme des ministres : c’estune fête de quelque corporation universitaire. Ce jour-là, on boit,
1. « On a beaucoup parlé delà turbulence de l'étudiant allemand, de son hu-meur batailleuse et de ses prouesses de buveur. Depuis un assez grand nombred’années déjà, la plupart des gouvernements germaniques ont accumulé ordon-nances sur ordonnances pour mettre enfin un terme à ces folies de mauvais goûtet à cet enthousiasme passionné pour l’indiscipline... 11 fut un temps où toutétudiant était tenu, sous peine de se faire une mauvaise réputation, de tailler,tous les huit jours, le nez à une dizaine de ses camarades. En 1815, à Iéna, enune seule semaine, on put compter jusqu’à 147 duels, et en un seul jour 35. Oril y avait en tout dans la ville 350 étudiants... Aujourd’hui, on n’a certes pasencore réussi à déraciner partout ces traditions que je ne saurais appeler cheva-leresques. A Iéna, à Heidelberg , on rencontre encore, en trop grand nombre, desvétérans de cinquième ou de sixième année, plus chevelus qu’Absalon, dont levisage est moitié lunettes et moitié cicatrices, et qui, pour l’absorption duliquide national, rendraient des points au tonneau des Danaïdes. Le ventre lestépar 25 ou 30 verres de bière, l’esprit excité par des discussions de philosophie etde politique transcendante, ces aimables et courageux jeunes gens s’en vont parbandes, suivis chacun du chien avec lequel ils ont lié une amitié fraternelle,rosser quelaue veilleur de nuit dans une rue solitaire, et détruire à coups depierres la plus grande quantité de réverbères possible. Heureusement dans lesgrandes villes, comme Berlin et Leipzig, ce vieux type tend à disparaître... J'yai vu des étudiants de mœurs élégantes et de mise soignée, modestes et pointspadassins, aimables compagnons et travailleurs appliques, hôtes assidus, non desalle d’armes, où l’on parle argot en buvant et en dégainant, mais bien dessociétés philologiques, ou, sous la direction d’un professeur, on s’exerce à parlerlatin ou hébreu ... » (A. Legrelle, p. 321.)