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on chante, on mange, on festoie sans fin, depuis la dixième heurejusqu’au lendemain au lever du soleil. Les anciens étudiantssont invités, ils arrivent de tous les points de l’Allemagne , et l’onvoit, pendant les deux jours de la fête, de vieilles barbes grises,coiffées, comme à vingt ans, de la toque rouge, verte ou bleue,fraternisant avec le jeune Fuchs 1 .
» ... Toute université allemande forme dans l’Etat une cor-poration douée d’une vraie autonomie. Ce n’est pas une machinedont les professeurs, à la merci d’un ministre et soumis à desprogrammes, sont réduits à n’ètre que des rouages dociles, c’estune personne morale. Elle a le droit de propriété, le pouvoirde recruter ses membres, de s’administrer elle-même, sous lahaute garde de l’Etat ; et elle peut exercer sur les étudiants uneaction disciplinaire fort étendue 2 .
» L’organisation administrative de l’université est de formerépublicaine, élective et aristocratique. La plus haute autorité estle sénat académique, ayant à sa tète un recteur (rector magnifiais),qui en est la représentation et le pouvoir exécutif. Sénat et recteursont élus par le suffrage universel des maîtres. Toutefois l’admi-
1. Les étudiants forment entre eux dans chaque université des associationsétroites qui ont pour bases tantôt la science, tantôt la religion, et souvent lesentiment de la patrie. Elles se distinguent, par leurs couleurs ou la forme deleurs coiffures, et prennent quelquefois le nom des provinces d’où les étudiantssont originaires : Franconia , Westphalia , Thuringia , lihenania. La note patrio-tique et martiale se retrouve dans tous les statuts de ce compagnonnage (Burs-chenchaft), qui met au service de la patrie « toute puissance d'esprit et decorps ». Le P. Didon a compté 25 de ces corporations à GôUingen, 20 à Halle,plus de 34 à Berlin, plus de 40 à Leipzig.
2. « On a beaucoup vanté lajiberlé dont jouissent les étudiants des univer-» silés, et l'on s’est plu, en Allemagne , à tracer leurs statuts, les tableaux les» plus poétiques de leur existence, surtout au sein de ces vieilles universités des» petites villes où régnent encore des habitudes et des mœurs conservant en plein» dix-neuvième siècle un reflet des traditions du moyen âge. Les professeurs, do» même que les étudiants, forment un corps ayant des mœurs spéciales et des» habitudes d’esprit qui en font une classe à part. L’étudiant, pendant le temps» qu’il passe à l’université, est citoyen académique. A ce titre, il fait partie d’une» république studieuse, qui le protège comme un de ses enfants. Avant d’être» le sujet de l'Etat, il est le sujet du sénat académique, qui a la police des» études et juge les délits dont il peut se rendre coupable. A côté des établis-» sements où l’élève studieux vient recevoir les doctes leçons des maîtres renom-» més qu’il respecte et qu'il aime, on peut voir les oabarets où coule à grands» flots la bière, où l'air est obscurci par les bouffées de tabac dont sont bour-» rées les longues pipes. C’est là qu’autrefois les étudiants célébraient leurs» franches lippées pieno poculo et duici jubilo, comme le dit une de ces vieilles» chansons dont ils répètent encore les refrains. On voit encore de nos jours,» dans les rues étroites et tortueuses, à la nuit tombante , ondoyer leurs joyeux» cortèges aux flambeaux, au bruit du classique Oaudcamus.juvenes dum sumus, —post jucundam juoentutem,—post molestam senectutem, — nos habebit humus. »(C. Hippeau, ? Instruction publique en Allemagne , p. 280.)