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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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AUTRICHE-HONGRIE . 587

cime du Piano n’est autre qu’une vaste plaine couverte d’uneherbe courte où les bestiaux vont pâturer en été.

» Il était une heure de l’après-midi quand nous atteignîmesle dernier poteau, érigé à une altitude de 2 296 mètres. Toileest l’étendue du plateau, que de ce point culminant situé versle centre on ne distingue que les régions éthérées. Pour embrasserà la fois les hautes cimes et le fond des vallées, le spectateurdoit s’avancer vers le bord du plateau, dans le sens des quatrepoints cardinaux.

» Nous nous dirigeâmes d’abord vers le sud, et nous nousavançâmes jusqu’au bord d’une corniche aérienne suspendueau-dessus d’un précipice de plus de 1 500 pieds de profondeur.Cet abîme dont les escarpements nous faisaient frissonner n’étaitautre que la vallée de Ruffredo, que nous avions parcouruel’avant-veille. Elle n’eût pas présenté un autre aspect si nousl’avions dominée du bord de la nacelle d’un aérostat voguantdans les hautes couches de l’atmosphère. Cette vallée, qui enbas nous avait paru empreinte de tant de grandeur, n’était plusmaintenant qu’une gorge étroite au fond de laquelle un longruban blanc serpentait à travers la sombre verdure des sapins.Ce ruban, qui ne paraissait pas large comme un sentier demulets, était la grande route internationale qui mène en Italie .Presque sous nos pieds, dans un insondable abaissement appa-raissait, gros comme un nid d’oiseau, le petit hameau de Schlu-derbach, dont nous pouvions compter les six maisons rangéescomme des dominos au bord de la route. De petits points noirsse mouvaient devant l’auberge comme d’imperceptibles fourmis.Il nous fallait le secours du verre grossissant pour nous convaincreque ces êtres microscopiques n’étaient autres que des créatureshumaines. Si de ces régions inférieures nous portions plus haut nosregards, nous restions confondus devant l’énormité des monta-gnes qui surgissaient dans notre voisinage. Le Cristallo, qui sedresse en face du Monte Piano, nous écrasait de toute sa hauteur.Sa cime nous dominait d’un millier de mètres. Bien qu’entrenous et la montagne il y eût l’espace d’une vallée, nous aurionscru pouvoir d’un jet de pierre en toucher les parois. Nous dis-tinguions avec une incroyable netteté tous les détails de sonétrange structure, ses contreforts, ses veines, ses crevasses, seséboulis, ses neiges et ses glaciers, qui chatoyaient au soleilcomme des cuirasses d’acier. Le Cristallo forme la sentinelleavancée d’un prodigieux chaos de montagnes dolomitiques dont