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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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AUTRICHE-HONGRIE . 589

mâle indépendance '. Ils ont gardé des goûts belliqueux, car le Tyrol a étédans tous les temps un passage d’armées, un théâtre de combats. lisémigrent beaucoup, mais jamais pour toujours. Colporteurs, musiciens,fabricants de nattes, marchands à l’étranger, ils amassent un pécule, etreviennent passer leurs dernières années dans leurs montagnes natales.Ceux qui restent vivent surtout du produit de leurs troupeaux qu’ils con-duisent Tété d’alpe en alpe, jusqu’à è 000 ou T 000 pieds a’altitude, dans levoisinage des huttes ou des chalets qu’ils habitent pendant la belle saison,et où iis fabriquent le fromage. Parfois leurs maisons sont bâties sur despentes si raides qu’il faut les entourer d’une chaîne et les fixer à un arbreou à une pointe de rocher; dans mainte vallée latérale du Pusterthal, ontransporte à dos d’hommes, dans de grands paniers, l’engrais et la terresur les pentes escarpées ; et les indigènes, les faucheurs surtout, ne mar-chent sur les pentes abruptes qu'avec des chaussures munies de crampons.Un des types les plus curieux du Tyrol est le bûcheron ( holzhacker ), àl’extérieur rude et lourd, qui vit éloigné du monde, dans les solitudes desgrandioses paysages alpestres.

» Parmi les trois ou quatre mille hommes qui s’occupent destravaux relatifs aux forêts, ce sont les plus jeunes et les plusforts qui s’emploient à abattre les arbres. Les dangers de toutesorte auxquels les expose leur métier, sans parler du rude cli-mat alpin, exigent une constitution de fer, une tète sûre et untempérament robuste. De mars ou avril à novembre, ils viventsur la pente d’une montagne, souvent dans le voisinage de vasteschamps de neige, et rarement à une altitude inférieure à1 300 mètres au-dessus du niveau de la mer. Leur habitationn’est autre qu’une cabane dont les murs et le toit sont faits del’écorce mince et poreuse du pin. Et cependant on ne trouveraitpas d’hommes plus gais et plus satisfaits de leur sort. Les dan-gers qu’ils courent proviennent ou de leur propre insouciance oudes éléments, des avalanches, des éboulements, de la foudre etdes trombes. On ne peut voyager au Tyrol sans être frappé du

1. On sait l’histoire légendaire du héros de l’indépendance tyrolienne, Andréasllofer, Vaubergiste de Passeyer. Secondé par deux compatriotes, le laboureurSpeckbacher et le capucin Hnspingor, il arma les paysans de ses montagnes pen-dant la campagne de 1S09, chassa les Bavarois d’Innsbrück, ût reculer les troupesdo Bisson et do Baraguay d’Hilliers, et malgré l'abandon de l’Autriche qui livraitle Tyrol à la Bavière par le traité do Vienne , écrasa quatre mille Saxons etWurlembergeois dans les gorges de Sterzing , sous des avalanches de rochers etde sapins déracinés. Hofer exerça quelques mois la dictature avec sagesse etmodération. Mais devant l’armée du vice-roi d’Italie , les Tyroliens se dispersèrent.La tète d’Hofer fut mise à prix. Il se cacha dans les montagnes; mais un traîtrele livra aux gendarmes italiens. Conduit à Mantoue , il fut condamné à mortpar un conseil de guerre et fusillé le 20 février 1S10. Ses compatriotes ont recueillipieusement les restes du héros populaire, et les ont placés dans un monumentélevé dans l'cgliso des franciscains d’Innsbrück .