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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

les hautes tours gothiques dominent la ville tout entière. La tour du sudest surmontée d'une plate-forme du haut de laquelle les sentinelles guettaientl’approche des armées turques. La grosse cloche a été fondue en 1794 avec180 canons enlevés à l’artillerie du padischah.

« Au sommet de la tour, le bruit de la ville ressemble à larespiration sourde de l’Océan ; et au milieu de ce fouillis, de cetentassement de maisons aux toits soulevés et penchés comme desvagues, la cathédrale se dresse pareille à un récif; on dirait queles cheminées des fabriques qui fument çà et là indiquent despaquebots à l’ancre, et les faubourgs aux agglomérationsblanches moutonnent à l’horizon comme des flots couvertsd’écume.

» En cherchant les rives de cette mer, le regard glisse àl'est sur les plaines de la Hongrie et va se perdre jusqu’en Ga-licie et dans les défilés des Carpathes.... C’est par le Danube que s’est opéré le grand écoulement des peuples ; c’est le longdu Danube que s’est jadis avancée la barbarie ; c’est par le Da-nube que marche aujourd’hui la civilisation ; et qui tient lefleuve, tient les clefs de l’Orient. A mesure qu’on s’éloigne deces flots féconds, la terre se rembrunit, le paysage prend unaspect triste et sauvage; aux moissons qui déroulent leur napped’or succèdent d’immenses plaines grises et monotones, océande steppes, contrées encore inconnues et mystérieuses où défilentles caravanes de Tziganes ; où le farouche tchikoch, ce gauchodes pampas hongroises, avec sa chemise frangée, sa large cu-lotte de toile, sa longue chevelure inculte, caracole sur le dospoilu d’un étalon, au milieu des hennissements des haras. Lesoir, quand le soleil prend à l’horizon l’aspect d’une roue defeu, on voit se dresser au bord des eaux stagnantes des maré-cages le héron à tête noire ou la cigogne au bec rouge ; des oiessauvages s’envolent vers les roseaux avec un grand frémisse-ment d’ailes; des troupeaux de buffles errants s’approchent des ;puits à bras, qui profilent leurs noires potences sur la pourpre Jdu ciel ; et dès que le soleil s’est éteint et que l’ombre plane au jras du sol, on voit briller un feu de brigands ou de bergers, oules petites fenêtres d’une tscharda (ou czarda, auberge) qui s’al-lume dans les profondeurs de la puszta.

... » Cette Hongrie est la terre de l’indépendance ; c’est lepays des mâles courages, des cœurs généreux et dévoués, des !âmes hautes et enthousiastes. La race est superbe, pleine d’éner-gie, d’ardeur belliqueuse et d’élans chevaleresques ; dévouée à