622 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAl’H 1E.
L'auteur raconte quel accueil enthousiaste lui fut fait partout en Hongrie ,et en particulier au cœur du pays magyar , à Szentes. Le président ducercle, le maire, de nombreuses députations vinrent à sa rencontre ; le soirde son arrivée, une retraite aux flambeaux illumina les rues; en s'arrêtantsous ses fenêtres, un orateur, au nom de la population réunie, lui adressaces paroles : « Nous venons, avec cette affection passionnée, avec ce culteque tout enfant de la patrie hongroise voue à la grande nation française,souhaiter la bienvenue parmi nous à une Française amie de la Hongrie . »Le lendemain, on lisait dans un journal hongrois ’ de la ville : « Une allection» pleine de dévouement, qui tient de l’amour, pour la nation française, ne» date pas d’aujourd'hui ; elle appartient à nos traditions. Comme font les» véritables amis, nous avons toujours, en dépit de la distance qui nous» sépare, partagé sa joie et ses chagrins. Notre âme s’est grisée d enthou-» siasrae jusqu’à l’ivresse, lorsque la France a été glorieuse, et notre cœur» a saigné lorsqu’elle a été vaincue. Et c'est naturel, car il n'existe pas au» monde deux peuples dont le caractère présente tant de traits pareils. —» L’amour de la liberté et l’esprit chevaleresque leur donnent un même» langage et une même histoire. » Ces sentiments de vive sympathie pourla France n’ont pas changé : les Français , qui sont allés visiter, en 1885,l’exposition de Buda-I’êsth, en ont reçu de nouveau l’éclatant témoignage.(Voy. à ce sujet les n os du 29 août, 5 et 12 septembre 1885 de la/tenuepo-lilique.)
Agram.
« Ce n’est pas par le côté extérieur que la ville d’Agram s’im-pose à l’attention du voyageur 1 ; si nous ne voyons dans cette villeque la capitale de la Croatie , les Yougo-Slaves, eux, voient dansleur Zagreb (c’est le nom slave d’Agram) la capitale du royaumetriunitaire formé par la Croatie, la Dalmatie et la Slavonie avecles confins militaires, l’âme du corps dont les membres sontépars de Klagenfurtb à Témesvar, et d’Antivari à Salonique , lacapitale idéale enfin d’un Etat yougo-slave à fonder sur les bordsde l’Adriatique . C’est le centre de résistance des Slaves d’Autrichecontre les empiètements des Magyars, les prétentions des Ita-liens et la germanisation de ces provinces ; personne ne lui con-teste cette autorité morale. Ce royaume triunitaire n’existe plus
1. « Agram, avec ses 20000 habitants, ressemble do loin à une de nos préfec-» tures «e seconde classe. Les rues y sont, en général, assez laides, tortueuses» et mal entretenues, et, sauf dans la principale, les boutiques ne sont que des» sortes d’échoppes ouvertes seulement le jour par deux grands battants de porte» dont l’épaisseur et les armatures en fer, à ressorts, indiquent assez qu’à uno» époque encore très récente, la maison avait besoin de se défendre elle-mômo» contre le peu de sécurité de la rue. La ville, adossée aux montagnes, qui déli*» mitent au nord la grande vallée de la Save, et qui la séparent do celle de la» Drave , se divise elle-même en haute et basse : la ville basse est ou parait être»* relativement moderne; la ville haute comprend le palais du ban ou vice-roi de» Croatie , les administrations, l’Université, la cathédrale et lo palais de l'urche*» véque. » (De Caix de Saint-Aymour, ouv. cité, p. 5.)