625
contre laquelle se tient l’acheteur, Méhémet est assis, les jambescroisées, fumant des cigarettes et regardant sans préoccupationapparente le va-et-vient du bazar. Derrière lui, au fond del’échoppe, sur des planches ou dans des malles et des tiroirsplacés un peu partout, sont dissimulées les marchandises que lemalin négociant peut ainsi faire admirer peu à peu au client engraduant savamment ses effets de façon à allumer les désirs.Grâce à mon aimable cicerone, je puis, sans me faire trop écor-cher, user et abuser du droit qu’en tout pays s’arroge l’acheteurprésumé de mettre sens dessus dessous le magasin sur lequel ila jeté son dévolu.
» Après les étoffes de laine ou la soie de Damas, pourpre ouviolet foncé, et tissée de fils d’or, provenant partie de Brousse etpartie de l’Inde , nous déplions les belles pièces de cachemireblanc aux dessins rouge-feu, verts ou bleus, imprimés ou tissés;puis viennent les foulards indiens rouges, à raies jaunes ou blan-ches, avec de magnifiques broderies qui reproduisent en or matdes fleurs et des feuilles ; les décorations en or et en argent sontdu reste prodiguées ici sur tous les tissus, même les plus légers,comme la mousseline et la gaze, et, bien qu’il fasse sombre dansle bazar, le brillant de toutes ces étoffes est vraiment merveilleux.Puis, ce sont des cosmétiques pour les ongles et les yeux, desbijoux et des perles, — vraies ou fausses, — un assez grandchoix de tapis depuis la grossière natte fabriquée en Bosnie jus-qu’aux belles tentures de Roumélie et de Bulgarie , et les dessusde table en poil de chameau, venant de Stamboul. Enfin, descouteaux, de belles armes anciennes, de très jolis objets d’ébèneincrustés d’argent et des ciseaux damasquinés d’or de Prizrend,en Albanie , etc... On trouve tout ce que l’on veut dans la boutiquede Méhémet, mais, malgré ses instances et ses ruses intéressées,je voulais réserver une partie de mes ressources pour aller acheterquelques souvenirs aux véritables représentants de l’industriebosniaque, c’est-à-dire aux fabricants du Tchartchi.
» Extérieurement, ce quartier ne présente aucune différenceavec le bazar proprement dit; seulement, on n’y vend presquetoujours, dans chaque boutique, qu’une espèce de marchandise,et quand on jette un coup d’œil dans le fond des échoppes, onvoit le marchand travailler avec un pu deux ouvriers, et ne sedéranger pour grimper sur son estrade qu’au moment môme oùquelque client se présente. Il y a là une quantité de cordonnierset de tailleurs, puis des fourreurs qui préparent, assez médio-