628 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
qu’ils forment avec les grandes constructions nouvelles, blancheset régulières. Les rues sont vivantes, très animées, les placesencombrées et la circulation est active ; on sent que le temps estde l’argent, et dans cette atmosphère et sous ce ciel italien, cetteactivité du Nord et cette agitation inquiète frappent vivementl’étranger. On vit dans la rue, on commerce sur la place ou surle quai. Trieste est un colossal entrepôt et un prodigieux comp-toir où la hauteur des étages, avec leurs rez-de-chaussée déme-surés, indique la nécessité d’emmagasiner des produits. Portfranc privilégié, heureusement placé au point de départ de laroute d’eau qui mène de l’Allemagne en Orient, on sent qu’ilabrite une agglomération de banquiers, de commerçants, decourtiers, d’intermédiaires de toute sorte entre le monde quiconsomme et la région qui produit. La ville est devenue considé-rable par la masse qu’elle présente; tous les jours elle s’étendencore. Londres , Vienne et un côté du port de la Joliette donnentseuls l’idée de ces constructions massives, carrées, à comparti-ments banals, où s’entasse une population trop nombreuse pourla place qu’elle occupe et qui, pour économiser la surface, spé-cule sur la hauteur. On sent qu’il y a trop de monde rassemblésur cet espace limité entre le Carstet la mer, et il en résultepour la vie habituelle une cherté excessive. Les loyers, la nour-riture, la bière elle-même sont chers, et la vie est plus dispen-dieuse qu’en aucun point des deux côtes. .
» ... Au premier abord, on constate une variété très grandedans les différentes origines des habitants; le Triestain pur estperdu au milieu de ces échantillons de toutes les races quiviennent sur son sol commercer, spéculer et s’enrichir. La vieintellectuelle est bien restreinte. Au milieu des éléments étran-gers, variés et très influents, trois grands éléments nationauxdominent : l’Italien, l’Autrichien, le Slave. L’Italien se consi-dère à Trieste comme en Italie et se base sur une raison delangue, de race, de souvenir et de voisinage. L’Autrichien com-
La bora est glacée comme les cimes neigeuses d'où elle descend: le sirocco esttiède comme l'haleine d’un Vésuve . Lorsque le sirocco souffle, l'estomac se re-fuse à toute nourriture ; quand c’est la bora qui se déchaîne, la police fait tendredes cordes le long des rues, afin que ceux qui sortent ne soient pas renversés.En 1875, ce vent a fait dérailler tout un train de chemin de fer au-dessus deFiume, et l’a couché sur le flanc. La bora commence au pied du Nanos ou Monte-Ré (1295°), qui domine le plateau désolé du Carso, et ne garde son caractère derafale que dans un parcours de 30 milles italiens. Trieste est compris dans lerayon de la tempête, qui prend au cap Salvatore. La bora règne trois jours. »(.V. Tissot, Vienne et la Vie viennoise , p. 21.)