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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
mais l’homme y manque, et avec lui la vie. On ne la retrouveguère qu’en arrivant au petit port de Smederovo. Nos cartes ledésignent sous le nom de Semendria .
» Le bateau a ralenti sa marche ; un mouvement se produitparmi les touristes, même parmi ceux qui sont les plus blaséssur la navigation danubienne. Nous allons entrer dans lesfameux défilés des Portes de fer . Les collines qui bordent lefleuve deviennent de plus en plus âpres et sauvages. Son litse resserre, ses flots noirs tourbillonnent en remous tumul-tueux ; des rochers perfides surgissent du fond des eaux. Pen-dant les étés secs, lorsqu’elles atteignent leur niveau le plusbas, les voyageurs et les marchandises sont transbordés à lastation autrichienne d’Alt Moldava sur des bâtiments légersd’un faible tirant. Grâce à Dieu , cette corvée nous est épargnée ;les eaux sont assez hautes pour nous permettre de rester surYAlbrecht jusqu’à la station de Drenkova. Si un trajet plus con-fortable nous est assuré, en revanche nous sommes privés de lavue des récifs qui, à certaines époques, donnent au fleuve ma-jestueux la physionomie capricieuse d'un torrent.
» Aux grandeurs sauvages de la nature se mêlent ici lamajesté des souvenirs historiques et l’attrait mystérieux deslégendes. L’entrée du défilé, clef de la navigation danubienne enOrient, devait nécessairement être gardée par des châteaux forts.Sur la rive serbe apparaît la splendide ruine des Goloubats.C’est l’un des monuments les plus importants et les mieux con-servés du moyen âge slave. Majestueuse et mélancolique, elleprofile sur un fond de rochers et de broussailles ses neuf tourset ses longs murs crénelés. Le chemin qui naguère y conduisaitn’existe plus ; les ronces défendent les abords et rendent la ruineimpénétrable. Elle ne reçoit pas de visiteurs et garde peut-êtresous ses murs plus d’un secret.
» Sur la rive autrichienne, une route excellente suit les an-fractuosités des rochers; tantôt elle est taillée à vif dans legranit, tantôt elle s’élance sur des viaducs, ou elle s’enfoncesous des tunnels. Ce bel ouvrage d’art porte le nom d’un illustrepatriote hongrois, le comte Szechenyi, le véritable créateur dela navigation danubienne. Le bâtiment ralentit sa marche, et lasonde interroge fréquemment le lit du fleuve. Il se resserreentre deux rives abruptes; à travers la luxuriante végétationqui les couronne, on devine parfois la ruine d’un castellum ; lahauteur des eaux nous dissimule en général les récifs qui cm-