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pêcheurs qui n’ont que leurs bras pour capital, les patrons quiles emploient, et les négociants, Grecs pour la plupart, quiaccaparent le produit du travail des uns et des autres. On nommepatrons ceux qui possèdent un ou plusieurs filets, et notammentce redoutable engin hérissé de milliers de crochets effilés àl’aide desquels on capture l’esturgeon. Ces engins reçoivent lenom dep arangoli. Au lieu de toucher un salaire fixe, les pêcheurssont rémunérés au moyen d’un tant pour cent qui fait d’eux lesvéritables associés du patron : celui-ci fournit les engins tandisque les pêcheurs fournissent leur travail. Les négociants grecs, aunombre de cinq ou six, so bornent généralement à l’acquisitiondes produits de la pèche au moment où ils sont mis à terre. Ce-pendant quelques-uns d’entre eux possèdent des pamngolisavec lesquels ils font prendre du poisson pour leur compte. AKédrilé, ces industriels se sont institués les fournisseurs de toutce qui peut être désiré par la rude population qui les entoure. Ils’ensuit que, grâce à leur goût prononcé pour les liqueursfortes, les pêcheurs se sont trouvés promptement endettés àl’égard des Grecs, pour lesquels ils ont dû dès lors travaillersans rémunération, afin de se libérer d’une dette toujoursrenaissante, grâce à la funeste passion de l’ivrognerie. Si l’onajoute que la lèpre règne dans la contrée, on comprendra com-bien est misérable l’existence de ces malheureux, exposés à toutesles intempéries, et contraints, d’ailleurs par leur faute, de s’ex-ténuer à peu près sans profit. C’est par la vente du vodka (eau-de-vie) que ce déplorable résultat a été obtenu et se maintient.Pour boire, le pêcheur du Delta engage non seulement ce qu’ilpossède, mais encore ses parts futures. Quant au négociant grec,il tire un excellent parti de ce triste état de choses ; d’unepart, en effet, il réalise des gains considérables sur les articlesqu’il débite, principalement sur les spiritueux, et il achète à vilprix les poissons, dont il fixe arbitrairement le taux de concertavee ses confrères. » (De Laigue 1 , Bulletin consulaire , 1880,8° fascicule.)