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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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TURQUIE D’EUROPE .

jaune et bleue; leur vaste ceinture, leurs pantalons de soie bouf-fants, leurs ample pelisse parfois bordée de fourrures affectenttoutes les couleurs de l’arc-en-ciel, et lorsqu’on en voit trois ouquatre se promener ensemble, on est en présence d’une gammede teintes fraîches ou sombres, criardes ou fondues qui réjoui-raient le cœur d’un Vénitien du seizième siècle. Le Persan, aucontraire, préfère les tons plus assouplis, le mordoré, le jauned'or, le vert brun ; la pelisse noire le séduit et il ne quitte pasle bonnet d’astrakan. Le portefaix de Constantinople , Arménien,Bulgare ou Turc , courbé sous les plus lourds fardeaux qu’il sou-tient sur les reins, est tantôt revêtu d’une veste d’étoffe brunclair et de culottes pareilles, tantôt du costume léger des lazza-roni de Naples , poitrine ouverte et jambes nues. Il fend la foule,chargé comme une bête de somme et criant à tue-tête : Guarda !Guarda ! L’Arabe d’Asie Mineure, grave et sévère, se reconnaîtaisément à l’austérité de son visage bronzé, aux lignes paisiblesde son profil, à ses grands yeux un peu inquiets. L’eunuquenoir du Palais porte la stambouline et le fez, rien n’égale l’air decontentement intérieur de ce personnage; j’en ai vu qui, juchéssur un cheval où repose leur gros ventre, allaient paisiblementau pas relevé de leur monture, regardant les passants d’un œilbéatement protecteur, laissant s’épanouir sur leur large face lesourire recueilli de la digestion excellente et de la plus parfaitefélicité; d’autres ont la tête haute, la taille colossale, la figureironique et superbe, ils se croient certainement supérieurs auxautres nègres, mais encore et surtout aux blancs et aux giaourset s’efforcent d’imiter les allures dédaigneuses des grands sei-gneurs et même la coquetterie des petits-maîtres. Voici les mol-lahs au turban blanc et à l’ample robe, qui rentrent dansStamboul aux heures de la prière, les pauvres popes arméniensau bonnet noir carré, entouré d’un voile noir; les Albanais, àla figure fine, aux blondes moustaches, avec leurs vestesbrodéesd’or et leurs ceintures remplies de poignards à manches ciselésou de pistolets à crosse d’argent, traversant fièrement la multi-tude et formant un contraste saisissant avec les petits Juifs vêtusà l’européenne, qui se faufilent sans heurter, l’œil ouvert àdroite et à gauche, sans cesse à l’affût de quelque bonne affaire ;pendant ce temps, un chariot, traîné par des bœufs gris ou desbuffles, s’avance lentement, conduit par un massif paysan bul-gare, vêtu d’un épais sarrau, les jambes serrées dans des mo-cassins blancs, encerclés de bandelettes ; le Grec, reconnaissable

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