710
LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
» fois dans leurs écorces béantes, tordus, rugueux, soutenant des branches» colossales, ces augustes viellards, qui ont vu tant de siècles, resplen->< dissent encore, au sommet, de la plus brillante verdure. Chaque prin-» temps les ranime, et leur caducité sourit encore. La tradition du pays» prétend qu’à l’entour d’eux les premiers croisés avaient planté leurs» tentes dans la vaste plaine avant de franchir le Bosphore, et que Gode -» froy de Bouillon s'est reposé à leurs pieds.
» Après avoir traversé le petit village de Belgrade , qui donne son nom» à la forêt, et avoir visité les réservoirs construits par Andronic Comnène ,» l’aqueduc de Justinien , les pyramides hydrauliques, nous retrouvons la» rive du Bosphore. C’est à une certaine distance en mer, en se laissant» bercer au fond de son calque, qu’il faut voir Buvuk-Déré : de là, toutes» les villas bâties par les personnages influents de Péra se déroulent comme» une série de jouets d’enfants. Cote à côte, les chalets et les maisons de» campagne somptueuses ou simples rient à la splendeur du jour et res-» sortent en lumière sur le fond des hautes collines qui bondissent comme» celles de l’Ecriture. L’ambassadeur d’Allemagne occupe une grande maison» un peu ancienne où l’on entre, du côté de la rue, par un péristyle grec» précédé d'une avenue, et, du côté de l’eau, par une large terrasse ; le» ministre de Grèce, sur le quai, habite une demeure moins solennelle,» mais qui serait charmante à Dieppe et à Trouville , avec son portique» entouré de vigne vierge et de lierre; l’ambassade de Russie déploie, dans» la plus belle situation du golfe, les hautes fenêtres de son palais à un» seul étage, entouré d’arbres magnifiques; ses jardins et son parc se per-» dent dans la montagne. Tandis que les stationnaires de France, d’Italie » et d’Angleterre sont à l’ancre dans la baie de Thérapia, ceux d'Alte-» magne, de Grèce et de Russie se balancent à Buyuk-Déré, devant les ha-» bitations des ambassadeurs ; sur toute la longueur du quai planté d'arbres,» une foule d’embarcations légères, caïques dorés, gondoles, barques de» pêcheurs, vont et viennent sur les vagues, où dansent les rayons du■> soleil. »
Salonique est située an fond du golfe profond que la mer a creusé entrela péninsule Chalcidique et la haute chaîne de l’Olympe thessalien. Allon-gée en forme de croissant, elle se développe en amphithéâtre sur les croupesdu mont Kortasch, assez semblable à Smyrne, sa sœur d’Asie . « C’est lav cité orientale qu’il faut voir passer de loin dans le rêve, sans l’approcher,» coquette et blanche à plaisir, se mirant dans les eaux lumineuses, avec» son noir bandeau de cyprès autour du front. Ces arbres marquent les» lignes de cimetières qui investissent de près toute ville turque. » Quandon pénètre dans la ville, on aperçoit des rues étroites, des constructionslépreuses, des cloaques innommés. I’ar endroits, le quai s'est formé natu-rellement des immondices accumulés de la ville, gui gagnent sur la mer etétayent seules les baraques et les estacades. La ville est un véritable muséed’architecture byzantine; elle a conservé par miracle plusieurs basiliquesanciennes transformées en mosquées, des temples, des arcs, des bas-reliefs.Salonique est la Jérusalem moderne de l’Orient. « Tout le long de ses ruelles» montueuses, on rencontre de maigres fils d’Israël glissant de leur pas» affairé et furtif; sur une population de 80 000 âmes, l’on compte que» plus de 50000 appartiennent à la race hébraïque. La plupart de ces