722 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
coiffure est le fez rouge; les ulémas se réservent le turban, ainsique le droit de porter la barbe ; les simples mortels ne laissentcroître que leurs moustaches. La coiffure des femmes ne diffèrede celle des hommes que par les pièces de monnaie dont elleest ornée, et par les tresses abondantes qui s’en échappent detous côtés. La chaussure des guerriers est une sorte de guêtre endrap, garnie d’agrafes et de galons de soie, imitée du cothurneantique. Elle descend du genou jusqu’au pied qui est recouvert,tantôt d’un soulier de maroquin rouge, tantôt d’un simple mor-ceau de cuir non tanné, attaché comme une sandale autour dela jambe avec des cordons...
» Les armes des Albanais sont : un coutelas ou kandgiar àmanche orné, autant que possible, d’argent ou de nacre, deperles, et deux ou trois longs pistolets. Ils ont remplacé leur an-cienne carabine ( djeferdan ) et le grand fusil (arnaoutka) du poidsde douze livres qui portait à trois cents pas, par la carabine Mar-tini. Leurs chefs ont quitté le riche toké du moyen âge, cuirassebosniaque à mailles d’argent ou de vermeil, qui parait à peineun coup de sabre. Ils n’ont d’autre lit que la terre, sur laquelleils étendent une natte en feuilles de palmier ou quelque richetapis rapporté du pillage. Ils dorment tout habillés, après s’êtrefait un oreiller de leur Jcépé (chlamyde rouge) ou de leur abas,manteau en poil de chèvre ou en peau de mouton. »
Les tribus musulmanes et catholiques de ces hautes montagnes selivrent des combats sanglants ; les Grecs et les Slaves sont particu-lièrement détestés. La victime trouve un vengeur dans ses proches parentset dans ses fils. « A son lit de mort, le vieillard énumère les tètes mois-sonnées dans son phar et recommande à ceux qui lui survivent les ven-geances qu’ils doivent poursuivre. « Il y a trêve durant les vendanges, lesmoissons et les semailles. Quelquefois les phars voisins s'interposent. « Les» pliaks (maîtres ou vieillards) au nombre de douze ou de vingt-quatre,» s'asseoient en cercle sur une éminence et forment le Krveno-Kolo , la» ronde du sang, sous la présidence du papas du phar qui poursuit sa ven-» geance. Les cloches des villages voisins sonnent à toute volée, les femmes» arrivent dans leurs plus riches atours, des prières solennelles sont réci-» tées devant l’église pavoisée de drapeaux. Douze mères du phar offenseur,» leurs nourrissons au sein, gémissent prosternées au piea de l’offensé.» Pendant ce temps, les juges du Kolo débattent la Krvina, prix du sang.» Toutes les blessures, tous les morts sont minutieusement comptés et taxes» d’après le tarif: 1 500 piastres (environ 300 francs) pour un mort, 750» piastres pour une blessure grave, payables en bœufs et en moutons à» défaut d’argent. L’offenseur parait, ayant au cou l’arme de l'offensé; il se» traine sur les genoux jusqu’au papas qui lui ôte cette arme et la jette au« loin ; les parents de l’offensé s’en saisissent et la brisent. Le chef de la« famille relève son ennemi en fondant en larmes, et va se jeter avec lui